AVERTISSEMENT : Cet article, les informations et les messages qu'il contient, s'adressent tout particulièrement à nos invitées et invités naguère : Stéphanie ROZA, Nathalie HEINICH, Jean-Numa DUCANGE et autres sionistes et "libéraux" ( libéral signifie "de gauche" aux USA, donc dans l'échange qui suit entre Katie Halper et Max Blumenthal).
Sachant que Katie Halper et Max Blumenthal sont actuellement "en première ligne" aux USA même, pour affronter l'hydre impérialiste américano-sioniste, spécialement virulente ces derniers temps, comme chacun peut maintenant le constater, notamment en "Europe de l'Est", au moyen-orient  et en Amérique latine... et ailleurs.

 

Katie Halper : Max Blumenthal, avez-vous jamais été un sioniste libéral ?
Comment avez-vous fait, parce que vous êtes un critique d'Israël depuis très longtemps.
Comment est-ce arrivé ? 


Max Blumenthal : Je ne me suis pas immédiatement lancé dans le journalisme, mais c'est arrivé après le 11 septembre, et le second départ a été un moment vraiment révélateur pour moi, quand j'ai vraiment commencé à voir le vrai visage d'Israël.

K.H. Avez-vous déjà été sioniste ?

M.B. C'est ce que je voulais, enfin, en quelque sorte.
Je suis parti en voyage en Israël avec Birthright quand j'avais 22 ans ; et j’en suis revenu avec pas mal d'idées sionistes libérales.
J'avais l'impression d'être plus concernée par la situation dans son ensemble, mais ma réaction naturelle a été de lire des articles haineux et de me contenter d'être un sioniste libéral.
Parce que c'était le seul contexte politique que je comprenais, et c'est en me déconditionnant, et en me détachant de tous mes liens avec tous ce que je connaissais.
J'ai fait mes études à l'Université de Pennsylvanie, un endroit plutôt apathique et néolibéral, et j'ai grandi à Washington DC.
Je me suis complètement coupé de tout ça, j'ai déménagé à Los Angeles où je ne connaissais personne, juste pour essayer de comprendre ce qui se passait, et c'est là que j'ai commencé à me déconditionner. 
Intéressant.
Vous savez, j'avais entendu dire par des libéraux que ce type, Noam Chomsky, était horrible, et j'avais lu des choses dans la New Republic sur Edward Saïd, présenté comme un professeur de la terreur, n'est-ce pas.
Alors la première chose que j'ai faite, c'est de commencer à les lire, puis de vérifier les notes de bas de page de Chomsky, en me disant que ce n'était pas possible, et pourtant, c'était bien vrai.

.

Et ce n'était pas comme si les notes de bas de page m'avaient mené au magazine Z ou quelque chose du genre, c'était, vous savez, il citait le New York Times !
Oh là là, il cite des hommes blancs !
oh mon Dieu !
et ainsi de suite.
Mais ce fut un long processus..
Et aussi un processus générationnel, que vous avez probablement traversé en raison de notre âge, en tant que membres de la génération X, en tant que membres de la génération X en fin de cycle.
Nous étions politiquement conscients et capables de comprendre, à un niveau sophistiqué, pourquoi le 11 septembre s'est produit, et à quel point la réaction était insensée, à quel point elle était prévisiblement insensée. 
Mais ensuite, la seconde Intifada a eu lieu, presque simultanément à la volonté des États-Unis d'envahir l'Irak, et j'étais impliqué dans les mouvements de protestation à Los Angeles.
J'ai participé aux manifestations contre cela et j'ai rencontré des gens qui étaient, certainement plus radicaux, mais j'ai aussi rencontré des Palestiniens pour la première fois.
Et puis il y a eu la destruction du Sud, l'assaut contre le Sud-Liban, l'invasion israélienne du Sud-Liban en 2006, en a été un autre exemple.
Et je pense que cela a vraiment culminé en 2008, fin 2008, début 2009, après l'élection d'Obama, lorsque Israël a attaqué la bande de Gaza, lors de sa première offensive militaire majeure : l'opération Castled, qui, comparée à ce que nous venons de voir, paraissait…


K.H. : Comme une promenade dans un parc.

M.B. : Un peu comme le défilé de Macy's, comparé à ce qu'ils viennent de faire.
Mais sur le moment, c'était tout simplement choquant.
Je me souviens du premier jour où Israël a massacré la promotion de l'Académie de police de Gaza. 
Tous ces élèves policiers ont été bombardés juste après leur remise de diplômes, toute la promotion a été tuée. 
J'ai vu ces corps explosés en uniforme, ceux qui essayaient simplement de servir la ville de Gaza et d'autres villes. 
Je me suis dit : comment est-ce possible ? 
Pourquoi est-ce que je défends des organisations, vous savez, ACAB et FAFO,
de Droite ?
Affirmer cela … C'est comme si c'était au-delà d'Israël de faire exactement ça, ouais, enfin, ce n'était pas ma réponse, c'était ACAB, c'était plutôt... qu'est-ce qui se passe, et c'était la première fois que j'écrivais quelque chose comme, vraiment, une critique acerbe d'Israël.
C'était dans le Huffington Post.
J'étais l'un des premiers contributeurs du Huffington Post, où ils nous laissaient écrire gratuitement.
Je vous laisse simplement écrire n'importe quoi gratuitement, sans aucun contrat.

Ouais, ouais.
et ça exploserait.
Alors, comme mon article l'a vraiment fait, j'ai commencé à faire des vidéos en me rendant à des rassemblements pro-israéliens à New York.

Puis j'ai fait mon premier voyage en Israël-Palestine et j'ai réalisé ma série « Ressentir la haine », montrant le courant fasciste et génocidaire qui était au cœur des préoccupations, comme s'il était socialement dominant dans la société juive israélienne.

Et j'écrivais pour Mondo Weiss, qui était je crois le premier grand blog juif antisioniste, un blog collectif devenu une sorte de site d'information et qui fait maintenant des reportages depuis le terrain en Palestine.

Donc, tout ce processus s'est enchaîné, et les années Obama ont été tellement discréditantes à mes yeux pour le parti démocrate, et pour le libéralisme lui-même, que tout cela a fini par nous mener là où nous en sommes aujourd'hui.

Mais le 7 octobre, Norman Finkelstein en a parlé avant le 7 octobre, il commençait à le faire.

C'est comme ça qu'il l'a formulé : il commençait à perdre espoir et à se désengager de Gaza, et moi, je ne perdais pas espoir, mais je me suis désengagé pour mon propre bien-être psychologique.

Et cela m'a ramené à la même attitude que lui.

Et maintenant, je ne crois pas qu'il soit possible de nous en détacher définitivement. Car nous participons, d'une certaine manière, à une sorte de guerre prolongée, et je ne pense pas que tout le monde en saisisse pleinement les enjeux.

K.H. : Mais la manière dont nous procédons comporte des enjeux importants ; quels sont les enjeux pour ceux qui ne comprennent pas ?

M.B. : Vous savez, pour les Juifs américains, l'enjeu est de taille : la destruction du judaïsme est imminente, la destruction du peuple palestinien est en jeu, la consolidation d'une sorte d'alliance rétrograde et high-tech des États du Golfe en Israël efface des milliers d'années de civilisation dans cette région.

La suppression de toute résistance à la domination impériale de toute cette région entraînera un repli, voire le retour d'un ordre mondial unipolaire beaucoup plus féroce et fasciste, à moins qu'il ne soit stoppé.
Et j'ai vraiment l'impression qu'Israël est au centre de tout cela.

Les enjeux sont considérables pour une Constitution, et son élément le plus précieux est le Premier Amendement. Le lobby israélien représente la menace la plus grave pour la liberté d'expression aux États-Unis.

C'est tellement évident, et ils ont en quelque sorte créé une exception spéciale autour de la Palestine.

Le lobby israélien est capable de détruire, et déterminé à détruire, toute figure pacifiste qui accède au pouvoir en Occident aux côtés des transatlantiques, des néoconservateurs et des pro-OTAN.

Mais ce qu'ils ont fait à Jeremy Corbyn est révélateur de ce qu'ils ont l'intention de faire à tout homme politique véritablement progressiste.

Et ils iront jusqu'à détruire les politiciens républicains ou les politiciens de droite nationalistes qui ne souhaitent pas que leurs citoyens soient tués dans des guerres étrangères. Ils ont fait ça dans l'Indiana, ils ont éliminé Brad Hostetler. Personne n'en parle. Pour la première fois, l'AIPAC a dépensé des millions, ils ont dépensé 10 millions de dollars ou quelque chose comme ça, pour éliminer ce républicain dans l'Indiana, parce qu'il s'opposait à l'aide militaire à Israël.

Dans le même temps, ils ont éliminé Corey Bush et Jamal Bowman, donc cela va bien au-delà du simple conflit israélo-palestinien, n'est-ce pas ?

.

Et comme l'a dit Ali Abunimah, vous savez, la première fois que je l'ai rencontré, c'est le fondateur de l'Intifada électronique, les Palestiniens sont le canari dans la mine de charbon. C'est tellement plus vaste que la Palestine, mais vous savez que ça commence là. Et regardez les seigneurs de guerre de l'intelligence artificielle, assis autour de Donald Trump à des places plus prestigieuses que celles dont disposaient les membres du Congrès lors de son investiture.

Et où testent-ils tout ça ?
Où testent-ils leur IA ?
Non seulement leurs armes, mais aussi leurs systèmes de ciblage.
Ils le testent sur des Palestiniens dans la bande de Gaza.
Ils n'ont pas beaucoup d'autres occasions de mener un ciblage de ce niveau. Il s'agit encore une fois d'un centre de profit majeur pour la nécro-économie, le laboratoire palestinien…

On peut parler des enjeux indéfiniment, mais nous sommes maintenant entrés dans une phase d'accélération, voire une phase d'escalade historique.

Et l'un des facteurs déterminants est le conflit attisé par le soi-disant État juif, qui n'est en réalité qu'une entité militaire spartiate de haute technologie dont l'économie repose sur les investissements dans son secteur technologique et les exportations d'armes.

K.H. : Quand vous dites que le judaïsme est en jeu, parlez-vous de la religion juive, du peuple juif ou de l'identité juive ?  Que voulez-vous dire exactement ?

M.B. : Eh bien, la religion va être définie par cela, et ce sont les nationalistes religieux qui sont en train de la définir, n'est-ce pas ? Ce sont eux qui contrôlent l'image que l'on projette autour des symboles juifs.
Et ce à quoi tout le monde a eu droit, ces 15 derniers mois, c'est au judaïsme imposé de façon ostentatoire comme jamais auparavant. Et c'est flagrant, d'une manière très nazie.
Vous voyez des symboles juifs gigantesques sur les ruines des maisons et des quartiers détruits.
On voit des soldats brandissant des rouleaux de la Torah pour touristes, comme s'ils célébraient des fêtes juives dans les maisons des personnes qu'ils ont tuées et déplacées.
C'est ce que tout le monde voit. Ils n'en retirent rien d'autre.
Et ils constatent la complicité des institutions juives.
Ils constatent la complicité de célébrités juives, même si la plupart de cess célébrités sont de second ordre.
Ou comment elle s'appelle déjà, euh Eva Spart ou un truc du genre, et euh elle est genre, vous savez, elle est M. Rort et puis Noah Tishby, ouais Noah Tishby, sur le canapé de casting avec Van Jones.

Mais, oh mon Dieu, vous aurez aussi l'occasion de voir Jerry Seinfeld encourager l'armée israélienne !

Et c'est pour ça qu'il est une star, une des raisons pour lesquelles je suis si... 
vous savez, je l'ai déjà dit, mais les gens me disent : « Katie, pourquoi critiques-tu Israël ? Tu crées de l'antisémitisme. »

L'ironie, c'est que les juifs antisionistes sont notre seul espoir.

NB : Katie et Max sont tous deux juifs d'origine et américains de naissance.

Ce discours
été prononcé lors de la conférence des délégués biennaux du SIPTU
en novembre par Omar Barghouti,

le co-fondateur du mouvement BDS
et récipiendaire du Gandhi Peace Award 2017.

Source Agence media palestine.

En 2009, j’écrivais que notre moment sud-africain était proche. Malgré le génocide perpétré en direct par Israël et les États-Unis contre plus de deux millions de Palestinien.nes dans la bande de Gaza illégalement occupée et assiégée, je pense aujourd’hui que ce moment est plus imminent que jamais. En effet le mouvement BDS commence à peser comme jamais auparavant sur un changement de politique menant vers l’isolement du régime colonialiste et d’apartheid israélien vieux de 77 ans.

Il y a quelques semaines, le Premier ministre israélien Netanyahou, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a outrageusement appelé à ce qu’Israël devienne une « super Sparte », admettant pour la première fois l’isolement mondial sans précédent dans lequel se trouve Israël. Même le président états-unien Trump, dans son récent discours devant le Parlement israélien, a averti Israël de son isolement mondial en disant : «Cela devenait un peu compliqué avec tout le monde. Et en fin de compte le monde gagne. Vous ne pouvez pas battre le monde entier … » Ce monde c’est nous, nous tou.tes qui avons collectivement, de manière persistante et stratégique, fait campagne pour mettre fin au génocide israélien. Le mouvement BDS a été le principal moteur de cet isolement, il ne fait donc aucun doute que chaque boycott, chaque désinvestissement, chaque pression pour de véritables sanctions légales contribuent déjà à notre lutte pour la liberté, la justice et l’égalité.

Mais on peut se demander ce qu’il en est du cessez-le-feu ? Comme beaucoup l’ont dit, pour Israël un cessez-le-feu signifie: «vous cessez, nous faisons feu». Nous sommes conscient.es que même un véritable cessez-le-feu ne serait que la première étape importante pour mettre fin au génocide dans la bande de Gaza illégalement occupée et assiégée. Mais sans une pression considérable, cela constituera la poursuite d’une forme de génocide moins visible pour lequel Israël et les États-Unis espèrent provoquer moins d’indignation régionale et mondiale, de boycotts et de sanctions. La famine, les répercussions de l’anéantissement de Gaza ne prendront pas fin. L’occupation militaire illégale d’Israël, l’apartheid et le déni des droits de nos réfugié.es non plus. Seules de sérieuses sanctions légales obligeront l’axe génocidaire États-unis-Israël à respecter le cessez-le-feu et, à terme, à mettre fin au siège et à l’occupation.

Faire reposer sur Nétanyahou et sur son gouvernement fasciste la perversité évidente et la criminalité indicible du génocide israélien reviendrait à faire montre soit d’une amnésie sélective, soit d’une lecture partiale de la réalité actuelle. Selon un récent sondage d’opinion publique israélienne, 82% des Israélien.nes juif.ves soutiennent le nettoyage ethnique de tous les Palestinien.nes de la bande de Gaza, et 56% soutiennent même l’expulsion forcée des citoyen.nes palestinien.nes de l’actuel Israël. Environ 50% soutiennent l’extermination complète des Palestinien.nes à Gaza. Selon Orly Noy, la présidente de B’Tselem, la plus grande organisation israélienne de défense des droits humains, « Israël perpètre un holocauste à Gaza, et il ne peut pas être renvoyé à la seule volonté des dirigeant.es fascistes actuel.les du pays ». Noy appelle à un « processus de dénazification » de la société israélienne.

L’apartheid israélien, permis et encouragé par l’outrageuse complicité militaire, financière, politique et médiatique des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne avec presque tous ses États membres, tente de normaliser ce qui est fondamentalement anormal et d’engourdir nos consciences avec sa barbarie impitoyable. Israël a depuis des décennies commis ce que l’historien israélien Ilan Pappe appelle un « génocide progressif », mais il a perçu l’ascension au pouvoir de ses alliés naturels, de l’extrême droite, des forces fascistes et autoritaires en Occident, en Inde et ailleurs, comme offrant l’occasion tant convoitée d’exterminer enfin les survivant.es palestinien.nes autochtones de sa Nakba perpétuelle. L’élimination des indigènes, après tout, n’est pas un bug dans l’histoire coloniale des colons, comme nous l’enseigne l’histoire des colonies de peuplement, des Amériques à l’Australie.

Un consensus international croissant sur les droits humains reconnaît maintenant les crimes indescriptibles d’Israël à Gaza comme étant un génocide, la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU et l’Association internationale des spécialistes du génocide étant les plus récentes. En plus d’assassiner des dizaines de milliers de Palestinien.nes et de réduire à néant le patrimoine de Gaza vieux de 4000 ans, Israël, par la même occasion réduit « en miettes » les principes mêmes du droit international, comme l’a dit le président Higgins, et nous pousse vers un monde dans lequel règne la loi du plus fort.

Au cœur de « l’impunité totale » d’Israël, se trouve la complicité des États, des entreprises et des institutions avec le régime d’oppression israélien, et c’est précisément cette complicité que le mouvement mondial de solidarité avec la Palestine, dirigé par le mouvement BDS, cherche à perturber et à rompre.

Comme l’ont affirmé des dizaines d’expert.es des droits humains de l’ONU, pour que les États respectent leurs obligations légales déclenchées par les décisions de la Cour internationale de Justice, ils doivent imposer un embargo militaire global ainsi qu’ « annuler ou suspendre les relations économiques, les accords commerciaux et les relations académiques avec Israël qui peuvent contribuer à sa présence illégale et à son régime d’apartheid en territoire palestinien occupé ». Certains États se conforment à leurs obligations. La Colombie, la Turquie et d’autres États du Sud imposent des embargos énergétiques, commerciaux ou militaires à Israël. En Occident, l’Espagne, la Slovénie et l’Écosse, entre autres, soutiennent désormais des sanctions radicales. Où se trouve le gouvernement irlandais dans tout cela ? Il nous sert une rhétorique chaleureuse tout en maintenant sa froide et honteuse complicité avec l’état génocidaire.

La majorité des personnes dans le monde se rend aujourd’hui compte que le régime d’oppression israélien est un modèle pour une grande partie des dirigeant.es autoritaires de ce monde. Il est le partenaire des partis fascistes en Occident, dont la plupart sont fondamentalement antisémites, des régimes d’extrême droite et des dictatures sur toute la planète. Il vend ses technologies de sécurité militaire et ses doctrines coloniales comme « testées au combat », bien sûr sur les corps des Palestinien.nes, des Libanais.es, des Yéménites, des Syrien.nes et d’autres Arabes. Outre la corruption généralisée, l’intimidation et l’extorsion d’élu.es, Israël a largement exporté son logiciel espion, ainsi que ses services de désinformation et de truquage des élections en tant qu’outils de diplomatie pour gagner en influence dans des dizaines de pays, du sud et du nord.

Subissant le génocide israélien soutenu par l’occident, et exerçant notre liberté morale, nous, dans le mouvement BDS, avons constamment canalisé notre chagrin et notre rage dans une énergie stratégique et de principe pour mettre fin au génocide, démanteler le régime sous-jacent colonial et d’apartheid, et porter devant la justice les auteurs de ces crimes ainsi que leurs complices. Les Palestinien.nes ne se font pas d’illusions, cependant, et ne pensent pas que la justice prévaudra grâce à la CIJ ou à l’ONU. En tant que peuple autochtone résistant à un système d’oppression génocidaire et pervers nous avons le droit international et une supériorité éthique de notre côté pour atteindre nos droits. L’éthique et la loi sont nécessaires dans toute lutte de libération, mais elles ne suffisent jamais. Pour résister et démanteler un système d’oppression, les opprimé.es ont invariablement besoin de pouvoir : entre autres, le pouvoir des peuples, le pouvoir d’une solidarité efficace, le pouvoir de la base, le pouvoir de coalitions intersectionnelles, le pouvoir médiatique, le pouvoir culturel.

Lorsqu’un consensus palestinien appelle au BDS dans le monde entier, y compris contre les institutions académiques, culturelles et sportives complices d’Israël et contre l’Histadrut colonial, nous ne demandons pas au monde la charité; nous appelons à une solidarité significative. Mais surtout, nous demandons la fin de la complicité, d’arrêter de nuire. Comme l’a montré la lutte qui a aboli l’apartheid en Afrique du Sud, mettre fin à la complicité des États, des entreprises et des institutions dans le système d’oppression israélien, en particulier par la tactique non violente du BDS, est la forme de solidarité la plus efficace.

Lancé en 2005, le mouvement non-violent BDS est dirigé par la plus grande coalition de la société civile palestinienne. Il est inspiré par la lutte anti-apartheid sud-africaine et le mouvement américain des droits civiques, et il est enraciné dans un siècle de résistance populaire palestinienne. Il vise à mettre fin au régime d’occupation et d’apartheid israélien et à défendre le droit des réfugié.es palestinien.nes de retourner sur leurs terres et d’obtenir réparations. Ancré dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, le mouvement BDS s’oppose catégoriquement à toutes les formes de racisme, y compris le racisme anti-palestinien, le racisme anti-musulman et le racisme anti-juif. Il vise la complicité, non l’identité. Il n’y a rien de juif dans l’occupation illégale d’Israël, le nettoyage ethnique, le colonialisme de peuplement, l’apartheid ou le génocide, il n’y a donc rien d’anti-juif à s’efforcer de mettre fin à ces structures d’oppression.

Au cours des deux dernières décennies, le mouvement BDS a construit un réseau massif, soutenu par des syndicats, des coalitions d’agriculteur.ices, ainsi que des mouvements de justice raciale, sociale, de genre et de justice climatique, représentant ensemble des dizaines de millions de personnes dans le monde. L’impact du mouvement se développe de façon exponentielle.

BDS a joué un rôle important dans le désinvestissement d’immenses fonds souverains en Norvège, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Nouvelle-Zélande et ailleurs dans des entreprises et des banques complices. Le fonds de pension norvégien, le plus grand fonds souverain du monde, a cédé la totalité de ses $500m d’obligations israéliennes, tout comme l’Église méthodiste unie basée aux États-Unis et l’Église presbytérienne USA.

BDS a fait en sorte que de grandes multinationales telles que Veolia, Orange, G4S, CRH, PUMA et Pillsbury mettent fin à leur complicité dans les crimes israéliens. Coop au Royaume-Uni et dans certaines parties de l’Italie ont rejoint le boycott des produits israéliens, et des dizaines de conseils municipaux ont adopté des directives éthiques en matière d’approvisionnement et/ou d’investissement pour exclure les entreprises impliquées dans les crimes d’Israël.

Au cours de cette année, des mesures de BDS profondément inspirantes ont été prises par des syndicats du monde entier. Les syndicats en Italie et plus tard dans l’État espagnol ont mené des grèves nationales contre le génocide et la complicité, créant un précédent historique. Les dockers et les syndicats de transport de la France et de la Belgique au Maroc, de la Turquie et de la Grèce à l’Espagne, entre autres, traduisent leur solidarité en mobilisations inspirantes qui perturbent l’approvisionnement militaire en Israël.

Des dizaines d’universités, en Europe, en Amérique latine et en Afrique du Sud, ont coupé leurs liens académiques avec les institutions universitaires profondément complices d’Israël, et les universités aux États-Unis se sont éloignées des entreprises qui autorisent les crimes d’Israël.

Dans le domaine culturel, cinq télé-diffuseurs européens approuvent désormais l’exclusion d’Israël de l’Eurovision. Plus de 700 institutions culturelles néerlandaises et belges, dont le Festival international du film documentaire d’Amsterdam, le plus grand au monde, ont récemment approuvé le boycott culturel d’Israël. Plus de 5000 travailleur.euses du cinéma, pour la plupart d’Hollywood, ont signé un engagement historique à boycotter l’industrie cinématographique complice d’Israël. Plus de 7000 éditeur.euses et écrivain.es, dont Sally Rooney, ont approuvé le boycott culturel, tout comme des dizaines de milliers de personnalités culturelles, dont des musicien.nes, des artistes peintres et un nombre croissant d’organisations artistiques, de syndicats et d’associations.

Sous la pression d’artistes et de défenseur.euses des droits humains, de nombreux grands festivals de musique, littéraires et d’arts à travers le monde lâchent leurs entreprises partenaires complices des crimes d’Israël contre les Palestinien.nes et/ou ont mis fin à des partenariats avec Israël, ses groupes de pression et ses institutions complices.

L’Association irlandaise de football a voté, à une énorme majorité, pour la présentation d’une motion à l’UEFA appelant à exclure l’état génocidaire du football mondial, tandis que les mobilisations de masse ont forcé l’équipe israélienne de cyclisme à abandonner la représentation d’Israël.

L’Irlande reste l’un des plus grands partenaires commerciaux d’Israël dans le monde – principalement grâce aux géants états-uniens de la technologie, comme Intel, utilisant votre pays comme un paradis fiscal tout en influençant abusivement sa politique et son commerce, y compris avec Israël. Mais compter sur l’économie israélienne revient à insister pour rester sur le Titanic même après que l’iceberg soit clairement en vue. Prendre ses distances avec l’apartheid israélien et avec les entreprises qui permettent son génocide et son apartheid contre les Palestinien.nes n’est pas seulement une obligation éthique et légale, mais aussi une responsabilité financière et fiduciaire. L’économie d’Israël, après tout, connaît ce que 130 de ses meilleurs économistes décrivent comme une « spirale d’effondrement », avec une « fuite des cerveaux » presque sans précédent, une chute de l’industrie de la technologie et une cote de crédit proche du niveau « zéro », selon Moody’s. Intel a gelé un investissement de $25 milliards en Israël prévu en 2024. De plus en plus perçu par les investisseurs comme ce que le mouvement BDS appelle, une #ShutDownNation, Israël s’est récemment classé bon dernier parmi 50 pays au Nations Brand Index. Le président de l’Institut d’exportation d’Israël admet que « le BDS et les boycotts ont changé le commerce israélien à l’export ».

Mais respecter les directives BDS ne nous coûterait-il pas des emplois, nous demandent des syndicalistes ?

Le mouvement BDS existe depuis plus de deux décennies; avez-vous déjà entendu un syndicat qui se respecte blâmant le BDS d’avoir fait perdre des emplois, et non l’austérité néolibérale, la catastrophe climatique ou la criminalité des entreprises ? Un dirigeant syndical britannique a en fait soulevé cette préoccupation en privé, et non en public. Permettez-moi donc de citer ce que j’ai répondu lors de la conférence du British Trades Union Congress :

« À travers l’Occident, y compris au Royaume-Uni, l’économie, le monde universitaire, la société sont considérablement dominés par la militarisation et la sécurisation. Lorsque le Parti travailliste avait une direction réellement progressiste et travailliste, et non pas une direction raciste, autoritaire et néolibérale, il avait un plan révolutionnaire et bien pensé pour faire rendre l’économie et la société plus pacifique, plus démocratique, plus éthique, plus respectueuse des gens et de la planète, et plus bénéfique pour les travailleur.euses. Qu’est-il arrivé à cette vision ? Et pourquoi est-ce notre problème en tant que Palestinien.nes ? Parce que vos armes brûlent et découpent nos enfants, nos femmes et nos hommes en morceaux, alors excusez-nous l’audace d’exiger justice. Nous avons le droit absolu de vous demander de mettre fin à cette complicité, de mettre fin au commerce des armes avec Israël, pleinement et immédiatement, et sans réserve. C’est une question de devoir, et non d’appréciation, mais de devoir juridique et éthique, voilà. »

La solidarité est plus nécessaire maintenant que jamais, et elle commence en mettant fin à la complicité et en faisant pression pour obtenir justice. Tous les principaux syndicats palestiniens et presque l’ensemble du reste de la société civile palestinienne ont fait appel aux syndicats internationaux et au mouvement de solidarité en disant:

« Puisqu’il est question de vie ou de mort, nous vous appelons à former de larges coalitions et à créer de puissantes perturbations de masse, dans la mesure du possible et en fonction du contexte, pacifiques et stratégiques, en ciblant les entités complices et en appelant à mettre fin à la complicité et à imposer des sanctions légales, en particulier des embargos militaires et énergétiques complets. »

Le Congrès irlandais des syndicats, lors de sa conférence biennale des délégué.es en juillet à Belfast a adopté à une majorité écrasante une motion BDS visant à coordonner « les actions collectives sur les lieux de travail jusqu’à l’arrêt de travail généralisé » et « exiger la fin immédiate de la complicité irlandaise, britannique et européenne avec le génocide ». [Souligné par l’auteur] Adopter cette politique afin de contester les complicités serait la forme la plus efficace et significative de solidarité avec la lutte de libération palestinienne à ce stade critique de notre histoire.

La récente élection écrasante et vraiment inspirante d’une progressiste, véritable et assumée, Catherine Connolly, en tant que présidente de l’Irlande, cela malgré l’opposition féroce des partis au pouvoir, montre sans aucun doute la direction que prend la boussole morale du peuple irlandais, y compris sur la Palestine.

BDS appelle toutes les personnes de conscience ainsi que leurs institutions à remplir leur obligation morale de mettre fin à la complicité avec le système israélien d’oppression contre le peuple palestinien. Les syndicats ne faisant pas exception.

Voici les demandes prioritaires de la société civile palestinienne, y compris des syndicats :

• Perturber pacifiquement le statu quo israélien aux niveaux étatique, corporatif et institutionnel• Promulguer le boycott commercial, universitaire, culturel et sportif d’Israël et de ses institutions complices en tant qu’obligation légale et pas seulement éthique• Faire pression sur les conseils municipaux, les syndicats, les universités, les églises et autres institutions pour qu’ils se désengagent de leurs obligations israéliennes et des entreprises qui sont complices des graves violations israéliennes des droits humains, et exclure des appels d’offres et des contrats les entreprises complices• Déclarer les écoles, les syndicats, les centres communautaires, les églises, les entreprises, les quartiers, etc. des Espaces Sans Apartheid.• Faire pression sur les syndicats, les institutions et les fonds d’investissement/de pension pour qu’ils adoptent des politiques d’approvisionnement éthiques et des politiques d’investissement éthiques qui excluent les entreprises impliquées dans de graves violations des droits humains à travers le monde• Faire pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent fin à leur complicité honteuse, en commençant par imposer un embargo militaire global à Israël, et à imposer des sanctions financières, économiques, académiques et diplomatiques légales et ciblées, y compris l’expulsion d’Israël de l’ONU, des Jeux olympiques, de la FIFA, de l’Eurovision, etc.• Soutenir les initiatives des groupes juridiques et de défense des droits humains pour enquêter et poursuivre les Israélien.nes et d’autres personnes impliquées dans des crimes internationaux contre les Palestinien.nes.

« Mais certain.es d’entre nous sont fatigué.es du génocide et n’ont aucun espoir », peuvent dire certain.es.

Eh bien, les Palestinien.nes n’ont pas le luxe de la fatigue du génocide ou de renoncer à l’espoir, et si je puis me permettre, comme je l’ai dit à d’autres occasions, abandonner l’espoir est si peu irlandais! Pendant un siècle, le peuple palestinien a résisté à l’oppression coloniale, sans jamais abandonner. Nous insistons sur l’obtention du menu complet des droits, comme l’a dit un jour l’archevêque Desmond Tutu. Ne jamais céder au désespoir, ne jamais abandonner l’espoir. Nous comptons sur votre solidarité et votre soutien indéfectible à notre quête de notre moment sud-africain.

Par Omar Barghouti, le 7 décembre 2025


Traduction : LG pour l’Agence Média Palestine
Source : SIPTU

Tag(s) : #Sionisme, #Palestine, #Max Blumenthal, #Katie Halper, #Intifada, #Impérialisme, #Génocide, #Propagande, #Fascisme
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