Nouveautés 2026

 

Qu’est-ce que 
le « marxisme occidental » ?

Extrait de la préface de Domenico Losurdo.


      L’expression qui donne son titre à cet ouvrage doit sa fortune à un livre par lequel, en 1976, un philosophe anglais, marxiste et communiste (trotskiste) militant, invitait le « marxisme occidental » à déclarer enfin son absence totale de rapport et son indépendance à l’égard de la caricature du marxisme propre aux pays officiellement socialistes et marxistes, tous situés à l’Est. Il visait en particulier l’Union soviétique. Là-bas, malgré la Révolution d’Octobre et la leçon de Lénine, le marxisme n’était déjà plus qu’« un souvenir » ; Staline et « la collectivisation » avaient « mis fin à tout travail théorique sérieux ». La « Chine populaire » ne s’en tirait guère mieux : la considérer comme un « modèle alternatif » revenait à affirmer son « hétéronomie politique à l’égard du marxisme occidental ». La condamnation s’étendait également aux partis communistes occidentaux eux-mêmes, caractérisés par une « fidélité absolue aux positions soviétiques » et, par conséquent, orientaux de fait ou orientalisants.
      Ce réquisitoire n’épargnait même pas le parti qui, avec Gramsci et Togliatti, avait toujours lié l’affirmation de la valeur universelle de la Révolution d’Octobre avec l’insistance sur les profondes différences politiques et culturelles entre l’Est et l’Ouest, et donc avec la théorisation de la nécessité de développer une voie nationale vers le socialisme, adaptée aux exigences d’un pays solidement ancré en Occident.
      Le philosophe anglais se montrait implacable : « Aucun intellectuel (ni aucun travailleur) non intégré à la direction, dans un parti communiste de masse de cette période, ne pouvait faire la moindre déclaration indépendante sur les grandes questions politiques. » Et ainsi : « La personnalité de Gramsci fut transformée en une icône idéologique officielle du parti, invoquée à chaque occasion en public, alors que ses écrits mêmes étaient en fait manipulés ou négligés. »
Restait un mystère : comment les obtus gardiens d’un épouvantable désert culturel avaient-ils pu séduire des légions d’intellectuels combatifs et sophistiqués ? Pourquoi avaient-ils exercé une telle influence extraordinaire et une telle hégémonie sur la culture italienne et joui d’un tel prestige au niveau international ? Perry Anderson n’était pas le premier à remarquer le fossé qui s’était creusé entre marxisme occidental et marxisme oriental. L’éminent philosophe français Maurice Merleau-Ponty, dans un texte datant des premières années de la guerre froide, observait :

      La politique révolutionnaire qui devait, dans la perspective de 1917, relayer historiquement la politique « libérale », - sollicitée par de rudes problèmes d’organisation, de défense et de mise en valeur, - est devenue toujours davantage une politique de pays neufs, le moyen pour des économies semi-coloniales (ou pour des civilisations depuis longtemps paralysées) de passer aux modes modernes de production. L’immense appareil qu’elle a construit, avec ses disciplines et ses privilèges, au moment où il se montre efficace pour édifier une industrie ou mettre au travail un prolétariat neuf, évacue le terrain du prolétariat comme classe dirigeante et laisse en déshérence le mystère de civilisation que, selon Marx, le prolétariat occidental portait.

 308 pages- 20 €

 

Le Réalisme Socialiste
n'est pas seul

de Patrick Maurus

     Dans le plan qu’il se donne pour sa critique de l'économie politique, Karl MARX, en 1859, dans une première ébauche de développement, prend l’exemple de la production artistique pour y dénoncer à la fois les idées de « modernité » et/ou de « progrès » sous leurs « formes abstraites habituelles » coutumières des historiens « de l’Art », comme celles que privilégient les idéalistes de la « forme », aussi bien que celles des adeptes du « matérialisme naturaliste ».
     
C'est l’occasion pour Marx de faire la pédagogie de la méthode dialectique, en précisant, au détour de cet exemple concret, que : « La difficulté ne réside que dans la manière générale de saisir ces contradictions. Dès qu'elles sont spécifiées, elles sont par là même expliquées. ».
     
C’est précisément ce qu’a fait Patrick Maurus, dans sa recension des formes hétéroclites et contradictoires de ce qui reste à ce jour la seule manifestation historique et concrète d’une esthétique collective qui, en tant que telle, n’est pas plus marxiste qu’une autre mais se revendiquait du socialisme… réel.
     Le réalisme socialiste « n’est pas seul » dans cette histoire, comme dit fort justement Patrick Maurus, mais il est et reste la première expression et manifestation historique collective de la « leçon » de Marx en matière de production artistique relevant d’un socialisme réel, c’est à dire « réellement existant ».

420 pages dont 100 pages illustrées - 27 €

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