Un commentaire à la réponse :

que Jacques Sapir a faite
au commentaire d'Annie Lacroix-Riz :

 
par Aymeric Monville,  éditeur d’Annie Lacroix-Riz :
 
Pour info, l'article ci-dessous de Mark Tauger ne fait pas de la collectivisation la seule cause de la famine de 31-33 et montre, au contraire, les aspects positifs des bouleversements en agriculture sur l'ensemble de l'histoire soviétique, victoire en 45 comprise (ce qui n'est pas une mince affaire).
 

Résumé  : La collectivisation de l'agriculture soviétique dans les années 1930 a peut-être été la plus significative et la plus traumatisante des nombreuses transformations auxquelles le régime communiste a soumis les peuples de l'ancien empire russe. Les travaux historiques et autres ont considéré cette politique avec une grande ambivalence. D'une part, elle impliquait une violence considérable attribuée à la dure politique de «dékoulakisation», qui provoquait de nombreuses protestations paysannes, perturbait le système agricole et constitua un des facteurs de la grande famine de 1931-1933, bien que n'en étant pas la cause majeure. Dans le même temps, la collectivisation apporta une modernisation substantielle de l'agriculture traditionnelle en Union soviétique et jeta les bases d'une production et d'une consommation alimentaires relativement élevées dans les années 1970 et 1980.

Mark Tauger : Stalin, soviet agriculture and industrialization

 
 
Il me semble en effet hasardeux de présenter, comme le faisait malheureusement cet article de M. Sapir dans "les Crises", la collectivisation sous un angle essentiellement négatif, en faisant abstraction de l'impératif de modernisation et de défense militaire du pays dans des délais imposés de l'extérieur.
Je comprends donc très bien la réaction de Mme Annie Lacroix-Riz car il est manifeste que le fait d'associer systématiquement collectivisation et communisme à cette thématique des famines, alors que ce sont précisément les Soviétiques et les Chinois qui ont détourné définitivement ces fléaux de leur pays, tout en assurant leur libération et la défense de leur dignité nationale, fait partie des poncifs de l'historiographie anticommuniste, de Robert Conquest à nos jours, lequel Conquest adorait lui aussi les extrapolations démographiques faites à partir de calculs d'élèves de troisième. 
J'ajoute que le thème des "communistes nécessairement affameurs" est volontiers repris par ceux qui n'hésitent pas à imposer blocus et embargos à d'autres peuples au nom des droits de l'homme, ce qui est particulièrement cocasse. Et tout cela dans une belle homogénéité de classe, car tout cela circule des sphères universitaires au prêt-à-penser des dites élites politiques, et cela ne m'étonne pas de savoir que, de Mme Cœuré à son frère à la BCE on se comprend très bien.
Le fait d'insister là-dessus peut être qualifié de "basse police", il n'empêche que la mise au jour de "relations élémentaires de la parenté" propres à un "champ" bien particulier suscite toujours, et c'est normal, un déni idéologique qui confine à la violence. 
 
Aymeric Monville

 

Remarque du libraire à propos de "On s'en tape le coquillard"...

Incidemment... je ne peux que confirmer le bien fondé de l'objection d'Aymeric Monville à l'objection de Jacques Sapir, lorsque ce dernier prétend disqualifier les méthodes argumentaires d'Annie Lacroix-Riz comme "de basse police" quand elle éclaire les orientations idéologiques (de classe) des membres de la nomenklakulture académico-médiatique, à partir des "bases matérielles" de leurs pratiques.
Ce faisant, en démontrant les justifications "effectives" de cet entre-soi de connivence, réseautage, copinage, proximité, cooptation  et conflits d'intérêts croisés (et parfaitement concrets), elle pointe le trait décisif et objectif déterminant cette "couche sociale" d’apparatchiks de la bureaucratie du pouvoir, comme fondement de la forme actuelle de la "servitude volontaire"; et donc... du jugement qu'on peut porter sur nos "sovietologues" universitaires français (naguère "kremlinologues") et leurs "notes critiques", dont Jacques Sapir prend ici la défense. C'est donc, de la part d'Annie, une application parfaitement opportune et pertinente de la méthode la plus explicitement revendiquée par Marx:

«Lorsqu'on considère de tels bouleversements, il faut toujours distin­guer entre

le bouleversement matériel - qu'on peut constater d'une manière scientifiquement rigoureuse - des conditions de production économiques

et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu'au bout.

Pas plus qu'on ne juge un individu sur l'idée qu'il se fait de lui-même, on ne saurait juger une telle époque de boule­ver­se­ment sur sa conscience de soi; il faut, au contraire, expliquer cette conscience par les contradictions de la vie matérielle, par le conflit qui existe entre les forces productives socia­les et les rapports de production.»

Londres, janvier 1859.
Karl MARX.

Relativement aux productions de Rachel Mazuy, Sophie et Benoît Cœuré, Christophe Prochasson, etc. et les divers "corps constitués", organisations et institutions de pouvoir et de propagande qui les entretiennent au-delà même de l'entre-soi de Sciences-po à l'EHESS, etc. c'est bien cette méthode de Marx qu'applique Annie, fort scrupuleusement.

Pontifex Marximus

Tag(s) : #Annie Lacroix-Riz, #Jacques Sapir

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