à titre de bibliographie...


1) La Dialectique :
logique, métaphysique et méthode

 

 

La question "que faire" même posée sous la forme "que lire" qui nous occupe ici, en implique une autre qui s'impose, au moins méthodologiquement :

 

"par quoi commencer ?"

La réponse en quelque sorte traditionnelle, voire canonique, désigne depuis bien longtemps ce texte très notoire de Engels Intitulé : "Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande".
 

Dans son avant-propos Engels précise qu'il s'agit - tout simplement - d' « un exposé succinct et systématique de nos rapports avec la philosophie hégélienne, de la façon dont nous en sommes sortis et dont nous nous en sommes séparés ».

Un texte exemplaire et essentiel à plus d'un titre, mais principalement pour sa "clarté et distinction", pour la valeur pédagogique que cela lui confère et pour la rigoureuse conformité de cette vulgarisation de la pensée de Marx avec le "fond de sa pensée"; tant Freidrich était en complète connivence avec son petit camarade Karl.

 

C'est aussi un texte qui justifie qu'Engels, à défaut d'avoir pu reproduire le Chapitre sur Feuerbach du "vieux manuscrit de 1845-1846" ( « l’idéologie allemande ») a jugé bon d'exhumer un autre document essentiel de ses archives : " un vieux cahier de Marx, les onze thèses sur Feuerbach publiées en appendice ".

Une deuxième lecture, complémentaire de celle qui précède mais qui n'est pas sans risque pour le lecteur néophyte... Car, sous la forme succincte de ces quelques notes, les principales questions philosophiques et épistémologiques que va traiter Marx au fil de son oeuvre sont ramassées en quelques lignes.

Pour éclairer davantage cet aspect de la transformation critique que Marx applique à la dialectique de Hegel, on peut avantageusement se reporter au la fameuse "critique de la philosophie post-hégélienne" dont Engels jugeait avec Marx qu'il n'y avait pas trop lieu de regretter que le manuscrit en fut perdu, et qu'on pouvait somme toute l'abandonner à "la critique rongeuse des souris". Car, si le 3ème volume de l'Idéologie allemande ( le "Saint Max" ) s'apparente à un massacre en règle par Marx de ce pauvre Stirner (et au travers lui de toutes les variantes de l'anarchisme gauchiste ou libertaire à suivre), il demeure que le "Feuerbach" est une très bonne et très lisible introduction à la pensée de Marx dans son rapport avec celle de Hegel. Singulièrement par l'exposé des spécificités du matérialisme de Marx, telles que soigneusement décrites dans le chapitre "Feuerbach : Opposition de la conception matérialiste et idéaliste". On y profite des qualités complémentaires spécifiques des deux compères : la clarté pédagogique de Engels , émaillée des sarcasmes critiques de Marx à l'encontre de ses "pairs"...

Pour en faciliter l'appropriation par le lecteur nous recommandons la remarquable conférence d'éducation populaire, donnée par notre regretté ami Jean Salem " Le Matérialisme de Marx", par Jean Salem ", intégrée dans notre article d'hommage à Jean du 30 janvier 2018.

Ensuite, "que lire ?"  pour découvrir, comprendre et finalement s'acculturer la logique dialectique et, de là, le matérialisme dialectique qui est en quelque sorte la "méthode" revendiquée par Marx. Autrement dit, avant même de lire ou relire le corpus de Marx avec le souci de profiter de l'exceptionnelle portée, actualité et fécondité de ce formidable effort et outil d'intelligibilité de l'histoire des hommes par eux-mêmes... et donc de mesurer, pourquoi comme disait Lenine, il est difficile de : "comprendre totalement « le Capital » de Marx et en particulier son chapitre I sans avoir beaucoup étudié et sans avoir compris toute la Logique de Hegel."

Le meilleur ouvrage de vulgarisation, en français, à la pensée de Hegel, rendue accessible à tous, est à ce jour à notre connaissance le petit volume "Hegel textes et débats" publié en 1984 au livre de poche par Jacques d'Hondt, mais hélas toujours indisponible. On peut néanmoins se le procurer d'occasion, en attendant une prochaine réédition par Delga.

  • HEGEL Textes et débats, Le Livre de Poche, Paris 1984

Delga a déjà réédité d'autres ouvrages de Jacques d'Hondt, tous aussi recommandables que jusque là indisponibles :

  •     Hegel, philosophe de l'histoire vivante, Paris, PUF, collection Epiméthée, 1966; ré-édité Éditions Delga, 2013
  •     Hegel en son temps, Paris, Éditions Sociales, 1968 ; ré-édité Éditions Delga, 2011

 

 

"Par quoi finir ?".

 

Il s'ensuit évidemment, de ce qui précède, que la première chose à lire devrait être ... la Logique de Hegel, dont Marx lui-même rappelait dans une de ses postfaces (au Capital) les plus notoires que :

« Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l'exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée, qu'il personnifie sous le nom de l'idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n'est que la forme phénoménale de l'idée. Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n'est que la réflexion du monde réel, transporté et transposé dans le cerveau de l'homme. J'ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode [...]. Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n'en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d'ensemble. Chez lui elle marche la tête en bas; il suffit de la remettre sur les pieds pour lui trouver sa physionomie tout à fait raisonnable. »

En même temps que cette description "négative", Marx a fourni, d'emblée, des éclaircissements positifs sur sa méthode , y compris dans la postface  de la seconde édition allemande dont est tiré l'extrait qui précède - lire en particulier les paragraphes qui commencent avec  le passage  : " La méthode employée dans le Capital ".

 

De ce qui vient d'être exposé, on pourrait juger que nous commençons d'apporter une réponse pratique à la question "Que lire ?"... mais, comme aurait dit Hegel, ce serait confondre l'exactitude et le vrai.

Car, si en vérité Marx est toujours parfaitement explicite et si la "grande logique" est désormais accessible pour le francophone non germanophone. Il faut prendre la mesure du formidable effort (20 ans) de Bernard Bourgeois pour nous livrer les 3 volumes de la Logique (en français compréhensible). En dépit de la parfaite restitution de la pensée de Hegel opérée par cette "translatio" de B.Bourgeois, le néophyte se rend bien vite compte que pour "comprendre totalement" la Logique de Hegel (donc de Marx) il faut avoir "compris et étudié" toute la généalogie philosophique dont ils relèvent et à quoi ils font continuellement référence, sur le modèle évoqué par Marx pour décrire le mouvement de sa pensée.

 

C'est une généalogie assez classique : Les atomistes, Platon -> Aristote , puis  Descartes ->Spinoza , avec ensuite le passage obligé de la "rupture" des lumières françaises que représente Rousseau et enfin l'idéalisme allemand héritier présomptif de la philosophie "critique" inaugurée par Kant.


De là... Hegel et Marx.


Mais les choses se compliquent encore quand on considère que Hegel, au-delà même de l'effort propre que représente sa lecture "bien informée", sans être lui-même à l'instar de Descartes ou Leibniz un grand mathématicien ou un scientifique de premier plan de son époque, avait quand même une connaissance approfondie et encyclopédique des mathématiques et plus généralement des sciences et des systèmes épistémologiques de son temps, y compris les spiritualités et religions "orientales" jusqu'au boudhisme. Or, Hegel (donc Marx) intègre toute cette "transmission" dans son effort de pensée.

 

C'est pourquoi, selon l'état de ses lectures préalables, le lecteur même motivé doit apprécier le projet de longue haleine auquel il pourrait s'atteler si il souhaite réellement accéder à une idée "claire et distincte" de la dialectique car, comme il le découvrira dès les premiers "moments" de la "grande logique", il s'agit là du système de la logique comme "logos", comme système complet...  à imaginer comme une sorte de "théorie unifiée" (sur le modèle de celui de la physique) de la compréhension de l'homme par l'homme où conscience, histoire, connaissance, vérité, métaphysique et logique ne font qu'un.

 

Pour réconforter et encourager ce lecteur motivé qu'un tel corpus pourrait un peu intimider, on doit quand même relativiser la fameuse proclamation de Lenine , à laquelle ce dernier aurait pu ajouter que :
- d'une part sans sa lecture préalable de Marx il n'aurait sans doute pas compris Hegel, ni même il ne ne l'aurait lu,
- d'autre part ce mode de lecture en quelque sorte rétro-active est en lui-même une forme dialectique dans la mesure où conformément à cette logique, la réponse doit toujours être posée préalablement aux questions auxquelles elle fournit une réponse, et dont elle engendre ainsi la formulation, en forme de démonstration. C'est du reste ce mode d'exposition et de construction du Capital de Marx qui a tant troublé nos marxistes de chaire et autres post-modernes anti-hégéliens, d'Althusser à Foucault.

 

Notre recommandation sera donc non pas de commencer mais de finir ce parcours de lecture par "La Grande Logique".
 

Cependant, pour profiter "avant terme" et d'emblée de la fécondité heuristique de la dialectique, et de son implémentation, à ce jour "indépassable" comme disait Sartre, il y a pas mal de "mémos" et conférences bien utiles que nous pouvons proposer. 

Les voici :

 

D'abord, à titre d'initiation, la série de conférences d'éducation populaire, données par Dominique Pagani, en 2012, dans le jardin de la Librairie et qui a été regroupée sous l'intitulé : Hegel Plage , où on pourra entrer dans l'univers Hegelien à petit pas, par la Phénoménologie de l'Esprit .

N.B. : Une réédition en poche de la traduction de Bernard Bourgeois vient d'être publiée par Vrin, après un "toilettage" de l'appareil critique et des notes par B.Bourgeois. Cette réédition fut l'occasion d'une rencontre autour de la Phénoménologie de l'Esprit avec Bernard Bourgeois et Dominique Pagani.

Ensuite la série d'interventions de Bernard Bourgeois, à l'occasion de la parution des volumes successifs de sa traduction de la "Grande Logique".

En annexe à ces présentations de son travail de traducteur, Bernard Bourgeois nous à confié un "incunable" désormais épuisé mais accessible en fac-similé sur le site de la librairie, qui est en réalité une critique de la position des marxistes universitaires de la lignée d'Althusser, en regard des rapports des systèmes philosophiques de Hegel et de Marx:

Marx et marxismes : texte de la conférence de B.Bourgeois au Centre de Recherche et Documentation sur Hegel et Marx, à Poitiers en 1985.

1ère partie. :  : /1/44/00/64/20151018/ob_7016ab_bourgeois-hm01-redux.pdf

 

B.Bourgeois a également débattu avec nous des questions d'actualité politique, au crible Hegelien, dans une série de rencontres, sur le thème récurrent de la controverse qui nous oppose à lui, comme il opposât Marx à Hegel  : le primat épistémologique et politique de l’Égalité sur la Liberté (au régime de la Nécessité) et la question corollaire de la fin l'histoire :

Ce soir on re-politise

Pour conclure cette médiathèque provisoire, nos deux HEGEL PRIDE successives :

  • 2012 : un duo hegelien multi-national : Dominique Pagani et Domenico Losurdo pour introduire au remarquable travail de commentaire et vulgarisation de Hegel, accompli par D.Losurdo et D.Pagani :
     
    • Critique de l'apolitisme : la leçon de Hegel, d'hier à nos jours, Delga, Paris, 2012

à lire également de D. Losurdo sur Hegel :

  • Hegel et les libéraux, PUF, Paris, 1992
  • Hegel et la catastrophe allemande, Albin Michel, Paris, 1994

et de D. Pagani :

  • Féminité et communauté chez Hegel : le rapport  de l'esthétique au politique dans le système, Delga, Paris, 2008

 

  • 2015 :autre réjouissant duo : Alain Badiou et Slavoj Zizek ... sur Hegel et Marx  une rencontre qui doit inciter le lecteur à lire le remarquable recueil d'articles de Zizek qui venait alors d'être traduit en français et publié sous la direction éditoriale d'Alain Badiou :
     
    • Moins que rien : Hegel et l'ombre du matérialisme dialectique , Fayard, Paris, 2015
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