De la juste résolution des contradictions de l'i-monde.*

 

« La nature de [l’i-monde] le portait à la dialectique. Mais n'ayant jamais compris la dialectique vraiment scientifique, il ne parvint qu'au sophisme. En fait, c'était lié à son point de vue petit-bourgeois. Le petit-bourgeois, tout comme [sa rédaction], se compose de “ d'un côté ” et de “ de l'autre côté ”. Même tiraillement opposé dans ses intérêts matériels et par conséquent ses vues religieuses, scientifiques et artistiques, sa morale, enfin son être tout entier. Il est la contradiction faite [journaliste].

S'il est, de plus, comme [l’i-monde], un [journal de révérence], il saura bientôt jongler avec ses propres contradictions et les élaborer selon les circonstances en paradoxes frappants, tapageurs, parfois scandaleux, parfois brillants. Charlatanisme scientifique et accommodements politiques sont inséparables d'un pareil point de vue. Il ne reste plus qu'un seul mobile, la vanité de l'individu, et, comme pour tous les vaniteux, il ne s'agit plus que de l'effet du moment, du succès du jour. De la sorte, s'éteint nécessairement le simple tact moral qui préserva un Rousseau, par exemple, de toute compromission, même apparente, avec les pouvoirs existants. »

 

d'après K.Marx : "Lettre sur Proudhon"

 

* Pour clarifier la lecture nous avons transcrit le vocable "e-monde" en i-monde" compréhensible par ceux qui maîtrisent insuffisamment la prononciation "qui va bien".

 

Nos lecteurs se souviennent peut-être d’une récente manigance de l’odieux Poutine visant (comme c’est désormais son activité principale) à déstabiliser cryptiquement le processus électoral d’une courageuse démocratie occidentale, en « sapant et putréfiant ses précieux fluides vitaux ». Singulièrement ceux de son nouvel ennemi mortel qui n’est autre que Macron , comme les decodex et autres milieux bien informés et « en marche » nous l’ont appris dernièrement. Voir :

Jugeant cette odieuse propagande judéo-bolchévique à l’aune des dernières péripéties de l’actualité politique, ils ont pu penser que certaines analyses étaient pour le moins tendancieuses voire péremptoires. Notamment la conclusion de l’article de Viktor Yugov ( pseudonyme assez transparent dénotant son complotiste bon teint) :

 

"la plupart des actions du Monde appartiennent à … Pigasse. Outre Le Monde, le directeur français de la banque Lazard contrôle plusieurs autres médias influents. La seule menace pour Macron peut provenir d'eux. Si une « boule puante » est lancée, visant à discréditer, « l’homme en marche » le premier à la diffuser sera Matthieu Pigasse par le truchement de l’un ou l’autre des médias qu’il contrôle."

 

Or voici que l'appareil de gouvernance éditoriale de l'i-monde vient de publier ( dans sa rubriques "Idées" !) un démenti très officiel et argumenté pour s'exonérer de l'accusation de "Rouler pour Macron" que lui remontait, avec un brin d'exaspération, une partie de son lectorat :


 

Ceux que ça intéresse pourront apprécier ici le philistinisme du préposé aux arguties (au bureau des rectifications idéologiques de la rédaction) et s'émerveiller des acrobaties rhétoriques dont il gratifie ses abonnés les plus chafouins.
Mais, évidemment, tel n'est pas l'intérêt de cet exercice laborieux de faudercherie (comme disait Pierre Dac) . Les besogneux du Monde ont acquis de très longue date une grande aisance dans la production de ce genre "d'idées".
Non, la question qui se pose est, pour ceux qui ont lu la fine analyse de V.Yugov, de se demander comment ce genre de "communiqué" peut être cohérent avec sa prédiction ?
Ils pourraient être tentés d'en inférer que les sapeurs-putréfacteurs de fluides démocratiques essentiels, à la solde de Poutine, sont finalement assez mal informés (en dépit de l'omniprésence de leur hackers compulsifs) des subtilités baroques enjolivant les conflits d'intérêts de l'actionnariat de la presse française.
C'est possible mais, ce qui semble mieux assuré c'est que Viktor Yougov est un lecteur averti du Président Mao et qu'il a acquis une certaine maîtrise de sa fine dialectique, particulièrement utile pour élucider ce genre de paradoxe idéologique. Ainsi s'est-il probablement souvenu que :

« Les contradictions entre nous et nos ennemis sont des contradictions antagonistes. Au sein du peuple, les contradictions entre travailleurs ne sont pas antagonistes et les contradictions entre classe exploitée et classe exploiteuse présentent, outre leur aspect antagoniste, un aspect non antagoniste. »

 

Mao Ze Dong "De la juste résolution des contradictions au sein du peuple"

 

Il est assez clair pour un dialecticien aussi aguerri que V.Yugov qu’au sein de la classe exploiteuse les contradictions qui peuvent naître, au gré de leurs humeurs changeantes, sont logiquement de type « non antagoniste ». Par conséquent la « troïka » actionnariale ( Pigasse, Bergé, Niel ) propriétaire de la gazette de référence ne saurait se désolidariser pas plus qu’elle ne cherchera des noises à son homologue l’heureux propriétaire de Libération , le sémillant Patrick Drahi qui a pris la succession dans le rôle du mécène impartial et bienveillant de la presse indépendante française que lorgnaient pourtant les trois chevaliers blancs de la gauche libérale d'opinion.

 

On assiste en réalité au genre d'affrontement qui jadis opposait les mêmes propriétaires "d'écuries" sur les champs de course... les nouveaux-riches y coudoient les plus anciens, réunis autour d'un magnum de champagne au Bar où beaux joueurs et dans un joviale connivence chacun témoigne bon gré mal gré de son "Fair Pay", en félicitant le vainqueur du jour pour sa "belle course" et son "joli coup" du moment. La principale différence est qu'il ne s'agit plus seulement de dépenser fastueusement et spectaculairement son argent mais aussi de le faire fructifier par de judicieux placements "d'influence" qui pourront encore être très bons pour les "affaires"... à venir.

 

Finalement ça n'est donc pas un hasard si le "bon produit" Macron incarne objectivement, sur le mode cyborg polyvalent aujourd'hui en vogue, le genre de "synthèse" chère aux congrès socialistes français et dont le premier d'entre-eux (et bientôt ex-président de la République) s'est fait une spécialité. Le genre de synthèse qui permet, en pratique, de dépasser toutes ces contradictions "non antagonistes" puisqu'elles naissent et se développent au sein d'une même classe, jadis qualifiée d'exploiteuse...

Tag(s) : #politique, #macron, #liberté d'expression

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