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Processus désopilant : par Jean Pierre Garnier
Dans le cadre de notre chronique mondaine :
Se faire des amis avec Jean-Pierre Garnier.
Dernier épisode de la « saga » critique et amicalement sarcastique que notre éminent chroniqueur a jugé opportun de consacrer à la grande aventure créative de son petit camarade Éric Hazan :
Où l'on comprend enfin de quoi la Révolution (pour les nunuls) est-elle le nom .

Processus désopilant

Les particules rebelles 3.0

par Jean-Pierre Garnier

 

Infatigables, Éric Hazan et son compère Julien Coupat, récidivaient récemment en prédictions révolutionnaires dans une proclamation au titre aguichant publiée dans Libération: « Pour un processus destituant : invitation au voyage »1. Au « processus constituant » réclamé par une cohorte d’intellectuels de cour s’évertuant à redonner du sens, lors de la prochaine course présidentielle, à « un système électoral rendu au point de rupture », nos duettistes entendaient opposer « une destitution pan par pan de tous les aspects de l'existence présente ». Par quel biais et avec qui ? « À partir des amitiés et des complicités existantes, à partir des nécessaires rencontres, un tissu humain assez riche et sûr de lui » composé de radicaux des villes et des champs, de campus universitaires ou de bacs à sable « alternatifs » dont la «zone à défendre» de Notre-Dame des Landes» serait, comme il se doit, l’évident prototype.

« Ces dernières années nous ont assez prouvé, assènent nos duettiste qui laissent aux lecteurs le soin de dénicher les preuves, qu’on trouve, pour cela, des alliés en tout lieu. Il y a à ramener sur terre et reprendre en main tout ce à quoi nos vies sont suspendues, et qui tend sans cesse à nous échapper. Ce que nous préparons, ce n'est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu ». Mais, à quoi se soustrairait-on de la sorte ? À l’exploitation, la domination et l’aliénation propres aux rapports de production capitalistes. Il n’en est nullement question dans cette prose emphatique et suffisante. Et, surtout, qui est ce « nous », aussi répétitif qu’indéterminé ?

Il n’y a pas à chercher bien loin. Car il n’est autre que le petit bourgeois intellectuel « insurrectionnel », incarné ici par le tandem Hazan-Coupat s’adressant à ses semblables, les lecteurs bobos de Libération, en l’occurrence. Comme à l’accoutumé et une fois de plus, il donne libre cours à son imaginaire pour s’évader fantasmatiquement de sa condition — c’est là l’« invitation au voyage » du titre —, se figurant échapper à un état d’exception en passe de refonder constitutionnellement la règle, par la « destruction, attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible ». Reste à savoir si ce ne serait pas plutôt nos deux intellos qui planent au dessus de ce monde.

Voilà, en tout cas un « processus destituant », désopilant pourrait-on ajouter, qui ne risque guère d’inquiéter les puissants de ce monde. À commencer le magnat sioniste des médias Patrick Drahi et son alter ego affairiste, Marc Laufer, propriétaires du torchon libéral-libertaire.

Dernière Hazânerie en date, Les blancs, les juifs et nous Vers une politique de l'amour révolutionnaire. Auteure : la meneuse starisée et avisée des Indigènes de la République, Houria Bouteldja. Cela vient de paraître, et cela ressemble au reste : les voies de la révolution sont non pas impénétrables, mais   innombrables.

De nouvelles « minorités agissantes »,  de nouvelles avant-gardes montrent la voie. Quand celle-ci n'est pas « genrée », elle est « racisée » ou les deux à la fois. Juifs et « nous », les indigènes victimes du post-colonialisme, devons faire comprendre aux « Blancs » que le racisme n'est plus de saison... en nous définissant d'abord comme « non blancs ». Exit la bourgeoisie comme ennemie, exit l'anticapitalisme. Le communautarisme comme horizon en lieu et place du communisme. Le tout nimbé d’un moralisme chrétien revisité :  aimez-vous les uns les autres avec vos différences par-delà les clivages de classes qui, d’ailleurs, n’existent plus.

Ainsi, « ce livre nous convie, si l'on en croit la pub, de manière inédite à un véritable voyage révolutionnaire au sein des rapports de races ». Bien entendu, plus déboussolés, que jamais, nombre de rebelles tombés de la dernière pluie ne vont pas manquer de s'embarquer pour ce voyage. Lequel les écartera une fois de plus de là où il faudrait retourner : à une position en rupture avec l'ordre capitaliste, une position pratique, of course, et non une posture comme s'y complaisent les émancipateurs-émancipés autoproclamés, piliers de colloques et de débats télévisés.

1 Libération le 25/01/2016

 

Tag(s) : #jean-pierre garnier, #politique, #chronique