Parmi les contradictions qui minent l'idéologie dominante et s'accumulent plus que jamais depuis la 8ème plaie d’Égypte - que figure la crise pandémique actuelle, il en est une qui affecte spectaculairement les dernières générations libérales-libertaires : la "culture d'annulation".

Il n'est pas nécessaire d'être un stalinien cacochyme ou un odieux collectiviste totalitaire pour en mesurer la nocivité et en critiquer lucidement les motivations comme l'idéologie qu'elles expriment. Un "millenial" anglo-saxon, parfaitement libéral et "démocrate" comme Guy Birchall, en donne la preuve :

 

 

La génération Y « indignée »
par l'attaque de Nick Cave contre la culture d'annulation
et toujours en colère contre... papa et maman

 

par  Guy Birchall

Initialement publié le 13 août 2020 17:57 sur RT international

 

Nick Cave ©  REUTERS / Thomas Peter

Nick Cave a dernièrement diffusé un libelle dénonçant la culture «antithèse de la miséricorde», qui promeut parmi les médias sociaux la disqualification et l’insulte à l’encontre de ma génération odieusement coupable d’abuser du seul pouvoir dont elle dispose.

Le chanteur  est la dernière célébrité à s'être opposée à la culture d'annulation par une critique plutôt bien écrite de l'un des derniers passe-temps douteux du 21e siècle. Le chanteur australien répondait aux lettres de fans sur son site Web Red Right Hand Files lorsque le sujet a été abordé. Répondant à un couple de Florence, en Italie, le leader de Bad Seeds a récusé cette « culture d'annulation », la qualifiant de « néfaste et folle religion ».

« Pour autant que je sache, annuler la culture est l'antithèse de la miséricorde. Le politiquement correct est devenu la religion la plus sinistre du monde. Sa tentative autrefois honorable de réinventer notre société d'une manière plus équitable incarne désormais tous les pires aspects que la religion a à offrir (et aucun de sa beauté) - la certitude morale et la suffisance de soi même dépouillées de la capacité de rédemption. C'est devenu littéralement, une religion néfaste, elle est devenue folle. »

Tapez fort, M. Cave, c'est une bonne description de ce passe-temps ridicule. Mais ses adeptes effarouchés s’en sont émus et selon leur mode inquisitorial habituel, vous rejettent dans les ténèbres extérieures au motif de votre essence de «riche homme blanc d'âge moyen», maudissant votre nom et hurlant au « racisme ». Comme toujours, ils ont évité de s'attaquer à vos arguments et ont plutôt attaqué votre identité, comme les identitaires ont coutume de le faire.

En bref, ils essaient maintenant d'annuler Nick Cave pour avoir appelé à annuler la culture d’annulation.

Cependant, il y a une chose chez ces critiques-critiques de Cave qui m'a particulièrement frappé. De toute évidence, ce sont tous des « libéraux réveillés », c'est une évidence, mais pratiquement tous sont d’abord des « millénaires ». Malheureusement, je tombe dans cette catégorie d'âge tant décriée étant né en 1990, et je me demande depuis un moment pourquoi mes pairs sont si sensibles au « droit du sang ». J'ai également noté que la plupart de leurs cibles ces jours-ci ont tendance à être des soi-disant «baby-boomers» c’est à dire la génération de leurs parents.

Bon, la rébellion intergénérationnelle n'a rien de nouveau, en fait, elle est parfaitement saine et normale. Mais pourquoi ont-ils choisi ce champ de bataille particulier ?

Pourquoi la liberté d'expression ? Pourquoi leur rébellion implique-t-elle une «culture d'annulation» alors que les rébellions du passé concernaient davantage la liberté que la censure ?

Quand mes parents étaient jeunes, à l'université ils écoutaient plutôt des disques interdits par la BBC. Quand j'étais à l'université, mon syndicat étudiant avait interdit les  «lignes floues» en arguant qu'elles contribuaient à la «culture du viol». Les garçons portaient du maquillage parce que cela agaçait leurs parents, maintenant ils crient au scandale si ces derniers ne les y encouragent pas.

Il me semble que ces célébrités d'âge moyen font office de « proxy » pour affronter les parents de leurs détracteurs. Il suffit de considérer celles et ceux qui furent pris pour cibles ces derniers temps, Nick Cave, Rowan Atkinson, JK Rowling, Joe Rogan et Ricky Gervais ont tous eu droit à une mutilation « modérée » de la part de la foule Twitter. De toute évidence, ils peuvent résister à n'importe quelle tempête comme celle-ci en raison du fait qu'ils ont, «f *** you money» et je pense que ce fait n'est peut-être pas une coïncidence... en fait, je pense que c'est de cela qu'il s'agit vraiment.

Ma génération se perçoit toujours largement comme « dominée par le système». Mais, en Grande-Bretagne et en Amérique, les milléniaux se sentent plus vulnérables financièrement que leurs parents, en particulier les «classes moyennes». Le coût de la vie et les prix des logements, du moins dans des villes ''prestigieuses'' comme Londres ou San Francisco, ont grimpé en flèche et l'augmentation correspondante des salaires pour la plupart de ces milléniaux est loin de les avoir compensés.

C'est déjà assez difficile à vivre pour beaucoup, sans même parler du facteur aggravant que constitue le fait nous sommes les génération la plus « sur-instruite » de l'histoire. Des millions d’entre nous sont allés à l’université simplement parce que c’était la «chose à faire», ce qui avait le double impact d’endetter les gens1 et de les rendre très frustrés de ne pas pouvoir obtenir l’emploi dont ils se jugent redevables. Aussi stupide que cela puisse paraître, les personnes avec des diplômes ridicules ( par exemple en études de genre et en théorie de la danse lesbienne ) pensent qu'elles devraient exiger une prime. Tous ces « rebelles » ne veulent pas admettre le fait qu'ils ont déboursé des milliers de livres ou de dollars pour un diplôme qui ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit et une qualification qui ne les a dotés d’aucune compétence socialement utile et transmissible « pour tous ». Ensuite, même pour ceux qui trouvent un emploi, la précarité a rarement été pire et nous observons maintenant le baril de poudre de la deuxième récession la plus massive de la période moderne.

Compte tenu de tout cela, la seule arène où ils « dominent » quelque chose... est la (leur) culture, mais plus particulièrement la culture en ligne. En tant que génération, la génération Y a grandi avec Internet, et les médias sociaux sont apparus à l'adolescence, constituant notre accès primordial à la découverte du monde. Alors naturellement, ils veulent contrôler cet espace et se sont énervés quand les «adultes» ont commencé à s’y mettre.

Pour commencer, c'était ennuyeux que votre mère ait un compte Facebook et qu'elle doive effacer frénétiquement toutes les photos de vous fumant, buvant ou quoi que ce soit d'autre que vous faisiez à l'âge de 16 ans, vous auriez nettement préféré qu’elle reste en dehors de ça.

Mais ensuite, les médias sociaux se sont transformés en la bête féroce et indisciplinée qu'ils sont aujourd'hui, maintenant qu’ils sont devenus « majeurs »2. Twitter n'est plus une stupide et vaine manière de perdre leur temps qu’avaient les ados pré-pubères et asociaux, c'est devenu le mode d’élection de la « com » des présidents, des premiers ministres et même des papes. Facebook n'est pas seulement une salle d’expo pour vos photos de vacances et de souvenirs éthyliques de soirées de beuverie, c'est l'une des principales sources d'information au monde3. Instagram est passé d'un album en ligne à un endroit où les gens deviennent des influenceurs millionnaires. Nous sommes peut-être des mineurs économiques, mais maintenant nous sommes majeurs pour vous faire taire, vous maudire, vous démolir, nous pouvons vous «annuler»4.

C'est à cela que cela se résume, les milléniaux sont remontés contre maman, papa et la société, parce que cela ne s'est pas passé comme ils l'avaient prévu. Comme tant de choses quand vous retirez les couches superficielles, on découvre l'argent, ou plutôt son manque, mais le coté tragique de la chose est que la seule chose à laquelle ils ont le pouvoir de nuire est la plus précieuse de toutes, la liberté de pensée et de parole. . 

La génération Y a le droit d'être ennuyée par beaucoup de choses : la façon dont le marché est structuré pour maintenir les prix des logements artificiellement élevés, la façon dont la monnaie a été dégradée par les dépenses excessives du gouvernement et l'assouplissement quantitatif, mais les salaires n'ont pas augmenté en conséquence, la façon dont la propriété est taxée à un taux beaucoup plus bas que le revenu, les emplois sont délocalisés à l'étranger et la sécurité de l'emploi diminue de plus en plus, etc. Et ils sont en effet contrariés par tout ça, mais ils ne peuvent rien y faire. Cependant ils peuvent encore empêcher papa et maman (et leurs célébrités mandataires) d'exprimer leurs opinions de «boomer». C'est pour eux une pétulante vengeance que de s’entendre dire «n'utilisez pas ce langage chez moi».

Le problème est que c'est l'une des choses pour lesquelles ils devraient remercier la génération précédente. Ceux qui ont été les pionniers de la liberté d'expression, promue « sans limite », ont précisément proféré l'indicible pour le plaisir. Leurs enfants doivent se souvenir que bien avant de dire aux gens qu'ils étaient «offensants», les opinions de leurs parents étaient assumées comme offensantes, leur musique, leur identité, leur contre-culture. Mais malheureusement, comme l'annulation et le silence imposé, la censure dogmatique et « radicale » sont le seul pouvoir dont disposent ces nouveaux pénitents, ils en font usage sans plus de limite.

Il faut que ça s'arrête, parmi toutes les choses qui nous posent sérieusement problème, les mauvaises blagues et les mots blessants ne sont vraiment pas le bon motif de révolte.

Guy Birchall,
est un journaliste britannique couvrant l'actualité, la politique et la liberté d'expression.

 

1 NdT : Problématique liée au fait que dans les paradis démocratiques on doit s’endetter pour le reste de sa vie, déjà pour pouvoir se payer des études décentes.

2 NdT : Autrement dit « bankables ».

3 NdT : Et tout ça de manière très démocratiquement « libre » et totalement indifférenciée.

4 NdT : Et ainsi donner libre cours à toutes les formes de dépit haineux que permet d’exprimer ce défouloir

Tag(s) : #Guy Birchall, #Culture d'annulation, #politique, #millenial, #génération Y, #Nick Cave

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