Que faire ?
( De l'Inessentiel )

 

 

Si on se fonde sur la dernière apparition présidentielle...
La lecture est recommandée.


Si chaque Français est commis à rester à la maison, "en même temps" il est encouragé à y passer le temps en retrouvant le "sens de l'essentiel".
Comme les directives quant à ce "sens de l'essence" de nos vies, et des choses qui la composent,
étaient encore assez confuses et paradoxales, une direction du moins en est donnée :

« Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel.
Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons.
La culture, l’éducation, le sens des choses est important
»

a gravement annoncé Macron.

 

Mais, voilà...
tandis que les bibliothèques sont logiquement mises en quarantaine, voici que les Tabacs-Presse, sont assimilés à cette "essence" présidentielle, au même titre que les pompes et stations qui la dispensent aux automobilistes, mais les librairies quant à elles, en vertu de l'arrêté JORF n°0065 du 16 mars 2020, ont été dument notifiées de l'interdiction "d'accueillir du public jusqu'au 15 avril 2020", avec une exception "au titre de la catégorie M : Magasins de vente et Centres commerciaux" qui autorise seulement "leurs activités de livraison et de retraits de commandes".

Brochure militante publiée et diffusée en 2012

L'ensemble de la chaîne du Livre, commise à affronter les conséquences paradoxales de cette directive laconique, a eu un peu de mal jusqu'ici a en saisir le sens concret et les modalités de la pratique qu'elle pourrait leur commander.

Confrontés à ces instructions impérieuses (et pour le moins contradictoires) certains des éditeurs et distributeurs de livres ont résolu, depuis hier, de ne plus livrer de livres aux librairies.

Bien que là comme ailleurs la confusion règne, la plupart (sinon tous) les "flux" aussi bien livraisons de réassorts, commandes ou nouveautés sont "suspendus" ou impraticables de facto  pour la plupart des libraires et de leurs fournisseurs, depuis hier.
Quant aux stocks déjà présents sur les tables des libraires et qu'ils ne peuvent écouler désormais, il leur est accordé des "facilités de retour" mais il est leur est impossible de les retourner...

Depuis toujours nous avions coutume de livrer, à pied, en métro ou à vélo, les livres de nos clients, âgés, malades ou a mobilité restreinte,  qui ne peuvent venir les prendre à la librairie mais cependant résident dans une proximité "raisonnable" (pour le sexagénaire "bien tapé" que je suis), sans frais ... Dans le cas de commandes "lourdes" en sollicitant la camionnette de mon confrère brocanteur de la Rue de L'Ouest.

Solidairement, nous nous apprêtons donc à mettre en place une sorte de "service de garde", à l'instar de nos confrères pharmaciens, pour pouvoir livrer "sur commande" (et sur rendez-vous "privé") nos clients de... proximité, au risque de braver l'injonction de "distanciation sociale" proclamée par la primature ( voir "Distanciation sociale" ), au motif de la solidarité raisonnée que nous avons toujours pratiquée et qui désormais s'impose à tous, en ces temps "de guerre".

En dehors de la faculté, encore autorisée, de nous solliciter par courriel ( tropiqueslib@gmail.com ) nous sommes donc tentés d'inviter nos fidèles lecteurs (et voisins) à "faire leur liste de courses" sur le seul site de ce genre, authentiquement indépendant et partagé, sans frais, par la grande majorité des libraires de France et de Navarre : place des libraires. En sorte de nous passer commande "sans contact" ni barguigner, puis de venir récupérer ces commandes chez leur libraire "de proximité", réduisant ainsi considérablement les déplacements de tiers aussi bien que les leurs, tout en s'instruisant du "sens de l'essentiel" (comme du civisme et de la solidarité )... par la pratique, sans pour autant gratifier les actionnaires d'amazon et autres "bienveillants" aux dépens des inessentiels libraires... du coin.

C'était d'ailleurs une des principales mesures que nous avions préconisées dans notre "Plan Livre" que Pascal Cherki avait accepté de présenter à sa majorité d'alors (en 2013) sous forme de Proposition de Projet de Loi (voir pièce jointe). Tant il est vrai que le livre, comme son nom l'indique, est en lui-même, par essence (et avant tout autre objet de partage et d'échange) l'aboutissement d'une livraison... objectivée.
Cette livraison est donc à proprement parler l'objet de l'échange auquel le livre donne lieu entre son auteur ou autrice et celles et ceux qui ont œuvré à le fabriquer, le diffuser, le distribuer et finalement par la médiation du libraire le distinguer et le... livrer à ses commensaux, lecteurs de proximité.

C'est pourquoi nous demandons ici, courtoisement mais opiniâtrement (depuis plus de 7 ans), à notre appareil d’État et à nos administrations de tutelle, de requalifier concrètement et sans plus tarder comme "essentielles" nos modestes sinécures de libraire de quartier et en tant qu'activité de proximité et d'intérêt public.

 

Dominique Mazuet
Libraire indépendant
du quartier Pernety-Plaisance de Paris

 

Achive de notre campagne de 2013

 

Proposition de Projet de Loi : "Plan Livre"

Tag(s) : #Que faire, #Essentiel, #coronavirus, #distanciation sociale, #métiers du livre, #inessentiel

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