Comment  Vladimir Poutine a prononcé
un nouveau
discours de Munich (1)

 

Article publié dans le journal russe « Kommersant »(2)
№ 236  du Samedi  28 Décembre  2019

(Traduction COMAGUER à partir d’une version anglaise en circulation
qui présente certaines faiblesses-
Original en russe
 https://www.kommersant.ru/doc/4205137) -

 

( voir aussi : sur le contexte de cette leçon d'histoire de Poutine )

 

Le 20 décembre, le président russe Vladimir Poutine a tenu à Saint-Pétersbourg un sommet informel de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) (3), entièrement consacré à la restauration de la justice historique, c'est-à-dire au rôle de l'Europe, et surtout de la Pologne, et non de l'Union soviétique, dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Le correspondant spécial de Kommersant, Andreï Kolesnikov (A.K.) n'avait jamais vu Vladimir Poutine en conférencier ou même en professeur d'histoire pour des élèves du primaire, car les dirigeants des pays de la CEI lui ont semblé se trouver  dans cette situation nouvelle, apparemment peu confortable pour eux. 

Le correspondant  spécial de Kommersant dans la Bibliothèque Eltsine à Saint Petersburg  décrit  la façon dont la bataille engagée par Moscou à cette occasion a pris forme. 

 

Aussitôt après le sommet de l'Union économique eurasiatique  à Saint-Pétersbourg, le sommet de la Communauté des Etats Indépendants  (CEI) (3) a commencé. Ce sommet mérite une description séparée. Le fait est qu'il était supposé que cette réunion ne serait pas ouverte à la presse et que les journalistes se contenteraient des discussions  avec  Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko au sortir su sommet de l’Union économique eurasiatique 

 Mais en réalité, tout s'est passé différemment. Quelques autres dirigeants sont venus à la bibliothèque Eltsine en plus de ceux qui étaient disponibles, et ils étaient maintenant huit (d'Azerbaïdjan, d'Arménie, de Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de Moldavie, du Tadjikistan, du Turkménistan et de la Russie qui les a rejoints ...).  Vladimir Poutine les a fait asseoir à une table ronde et a donné, de manière inattendue, une leçon d'histoire complète et même à grande échelle sur le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Et il est clair qu’avant cela, il avait été  choqué par la résolution du Parlement européen  "Sur l'importance de la préservation de la mémoire historique pour l'avenir de l'Europe". Ces derniers jours, le président russe est revenu à plusieurs reprises sur ce document, selon lequel deux puissances totalitaires : l'Allemagne et la Russie, auraient déclenché la Seconde Guerre mondiale. Cette version menace de devenir instantanément canonique et s'enracinera bientôt comme la seule vraie dans tous les manuels d'histoire européens. On peut dire qu'elle était attendue depuis longtemps, car pour l'Europe elle expliquait  trop  bien   et aussi confortablement  que possible l’histoire, alors que  jusqu'à présent, l’Europe avait paru faible face à Hitler voire même soulagée de se rendre.

Peut-être Vladimir Poutine s'est-il rendu compte que si l'on n'intervient pas immédiatement dans l'histoire, alors des changements irréversibles peuvent se produire dans l'esprit d'un très grand nombre de personnes, et surtout  avant les cérémonies en l'honneur du 75e anniversaire de la Victoire  (en mai 2020).  Et les efforts des simples historiens, aussi titanesques soient-ils, n'ont pas suffi jusqu’ici : ils ne sont toujours pas écoutés. Non, d'un côté de la  barricade se trouvait le Parlement européen, de l'autre : personne.

Et M. Poutine a évidemment décidé de rectifier la situation. Il a lui-même créé et fourni tout cela, selon Kommersant.  Il l’a fait en personne. C'est-à-dire qu'il a fait asseoir en cercle les dirigeants des pays de la CEI, qui représentaient plus ou moins fidèlement le vaste territoire de l'ex-Union soviétique, c'est-à-dire le principal accusé du tribunal qu’a essayé d'organiser le Parlement européen, et il leur a proposé de l’écouter. Il était probablement possible  de trouver n'importe quel autre public, par exemple, des journalistes. Ainsi lors d'une grande conférence de presse, le président russe a abordé ce sujet, mais avec désinvolture, et luimême semblait un peu réservé par rapport au reste des nouvelles de là-bas, et il n’a pas alors développé sa  pensée. Mais il tenait là, sans aucun doute, le public idéal. Entouré pour commencer par Alexandre Loukachenko et Nikol Pashinyan (Ndt : respectivement premier ministre du Belarus et d’Arménie) il a poursuivi son intervention devant ce qui est devenu une réunion de la CEI.

J’ajoute que dans tout cela on a vu une écriture et un style. Qui a vu comment Vladimir Poutine parfois, quand on lui demande de prendre une photo avec lui, met un meilleur groupe de participants dans la prise de vue, évaluant très vite  l’arrière plan  et faisant savoir aux photographes quel angle sera avantageux pour eux (et tout cela en quelques secondes), il me comprendra.

" Quand ils parlent de l'Union soviétique, ils parlent de nous ",

a déclaré Vladimir Poutine à son auditoire :

 "Qu'est-ce qui est écrit ?"  "Selon cette résolution , le soi-disant Pacte MolotovRibbentrop ...
Permettez-moi de vous rappeler que ce sont les ministres des Affaires étrangères de l'Union soviétique et de l'Allemagne nazie ...
Comme ils l'écrivent plus loin, "l'Europe et les territoires d’états indépendants ont été divisés entre les deux régimes totalitaires, ce qui a ouvert la voie au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale."  

"Le pacte Molotov-Ribbentrop a ouvert la voie au début de la Seconde ...
Eh bien, peut être... "

En réalité, le président russe était, bien sûr, farouchement en désaccord avec cela.

"De plus, les députés européens exigent que la Russie cesse ses efforts visant à déformer les faits historiques et à faire de la propagande sur la thèse selon laquelle la Pologne, les pays baltes et l'Occident sont les véritables instigateurs de la guerre", a-t-il poursuivi. 

" Ils ont dit qu'un de ces pays répertoriés était l'instigateur". "

A mon avis, nous n'avons jamais rien fait de tel"

Il s'est mis à commenter un peu, tout en restant très réservé, et cette retenue a même fait peur : tout simplement parce que cela ne présageait rien de bon. Vladimir Poutine a dit qu'il avait demandé à recourir à des documents d'archives. Sa demande a été satisfaite.

 "La première question qui se pose - tout le temps où nous parlons du pacte MolotovRibbentrop, nous le répétons pour nos collègues européens - est la suivante : était-ce le seul document signé par un des pays européens, à l'époque l'Union soviétique, avec l'Allemagne fasciste ? Il s'avère que ce n'est pas le cas ! Je vais simplement les énumérer avec votre permission. Ainsi, la déclaration sur le non-recours à la force entre l'Allemagne et la Pologne. C'est en fait le soi-disant pacte Pilsudski-Hitler, signé en 1934. En substance, c'est un pacte de non-agression. Puis l'accord naval anglo-allemand de 1935. La Grande-Bretagne a donné à Hitler la possibilité d'avoir sa propre marine, ce qui lui avait été interdit, en fait, ou minimisé par les résultats de la Première Guerre mondiale". 

Ses collègues l'ont écouté de différentes façons. Le plus attentif de tous, même avec une bouche légèrement ouverte, est Noursoultan Nazarbaïev. Nikol Pashinyan semblait plus troublé que les autres (peut-être a-t-il été épuisé lors d'une réunion étroite et prolongée de l'EAEU par un duel invisible avec Alexandre Loukachenko, qui lui n'était pas épuisé, 

 " Puis ", poursuit le président russe, " la déclaration conjointe anglo-allemande de Chamberlain et d'Hitler, signée le 30 septembre 1938, a été acceptée à  l'initiative de Chamberlain. Il a déclaré que l'Accord de Munich signé, ainsi que l'accord maritime anglo-allemand symbolisent" ... Et ainsi de suite, et ainsi de suite... et que la création d'un cadre juridique entre les deux États se poursuit ... "  "Ce n'est pas tout... Déclaration franco-allemande, signée le 6 décembre 1938 ans à Paris, par les ministres des Affaires étrangères de France et d'Allemagne, Bonnet  et Ribbentrop". 


Pour en savoir plus sur "comment ça s'est passé chez-nous"... en France.

Le Président de la Russie a rappelé à la fois l'accord de 1939 entre la Lituanie et le Reich, selon lequel la région de Klaïpeda a été réunie avec l'Allemagne, et l'accord de non-agression entre le Reich allemand et la Lettonie du 7 juin 1939.  

Ainsi, " a-t-il conclu, " le traité entre l'Union soviétique et l'Allemagne a été le dernier parmi ceux qui ont été signés par d'autres pays européens, comme s'ils étaient intéressés à maintenir la paix en Europe. En même temps, je tiens à noter que l'Union soviétique n'a accepté de signer ce document qu'après avoir épuisé toutes les possibilités et qu'aient été rejetées toutes les propositions de l'Union soviétique visant à créer un système de sécurité unifié, une coalition antifasciste, en fait, en Europe. "

Et il a proposé de revenir au cas des conditions dans lesquelles en 1919, "la soi-disant paix de Versailles a été conclue". 

Vladimir Poutine a rappelé à ses collègues, qui, à mon avis, ont commencé à l'écouter de plus en plus attentivement (et même Nikol Pashinyan s'est concentré) que " pour l'Allemagne, la paix de Versailles est devenue un symbole de profonde injustice et d'humiliation nationale. En fait, il s'agissait d'un vol de l'Allemagne. Je vais juste donner quelques chiffres pour votre information, ce sont des chiffres très intéressants. " Les chiffres étaient convaincants pour tout le monde. Donner de tels chiffres est une joie, ils sont très impressionnants : -" L'Allemagne devait payer les pays de l'Entente ... Et la Russie était parmi les gagnants et n'a pas participé à la signature du Traité de Versailles ... l’Allemagne était censée payer la somme astronomique pour ces temps-là - 269 milliards de marks d'or, ce qui équivaut approximativement à 100 mille tonnes d'or ! A titre de comparaison, je dirai qu'en octobre 2019, à l'heure actuelle, les réserves d'or sont : aux USA - 8130 tonnes, en Allemagne - 3370 tonnes, en Russie - 2250 tonnes. Et l'Allemagne devait alors payer 100 mille tonnes ! Au prix actuel de l'or, 1 464 dollars l’once  les  réparations s'élevaient à environ 4,7 trillions de dollars ! En même temps, le PIB de l'Allemagne aux prix courants de 2018, si les données que j'ai reçues sont correctes, n’est que de 4 milliards de dollars. "

Vladimir Poutine avait  à juste titre pensé et avait même décidé, de peser chaque mot avec  sérieux et de le vérifier dans l'espoir de détecter des erreurs et des inexactitudes, et s'est apparemment protégé avec la phrase "si les données que j'ai reçues sont correctes". "Il suffit de dire", a-t-il ajouté, "que les derniers paiements de 70 millions d'euros ont été effectués relativement récemment, le 3 octobre 2010, l'Allemagne a payé pour la Première Guerre mondiale juste le jour du 20e anniversaire de l'unification de la République fédérale. Dans cette situation, il a été difficile de s'accommoder du seul fait que la Russie a quitté la liste des vainqueurs.

 Les nazis, selon le président russe, ont activement exploité le thème de Versailles dans leur propagande, " promettant de sauver l'Allemagne de la honte nationale, et l'Occident lui-même a donné aux nazis carte blanche pour se venger ". 

C'était maintenant une leçon d'histoire à part entière dans une école ordinaire : jusqu'ici sans données d'archives exclusives qu'un simple professeur ne peut pas avoir, mais avec des conclusions et des généralisations de grande portée, avec des ponts jetés d'un sujet à l'autre pour faciliter l'assimilation de la matière ... Le président russe est passé à la crise des Sudètes créée par le monde de Versailles, a cité Winston Churchill et d'autres penseurs. "Les frontières ont été redistribuées", a-t-il dit. "Ainsi, cela a créé les conditions pour l'émergence de la soi-disant crise des Sudètes." C'est la partie de la Tchécoslovaquie dans laquelle la population allemande vivait de façon compacte. Voici une explication de la crise des Sudètes et de la soi-disant conférence de Munich qui s'en est suivie. On pourrait croire qu'il s'agit d'une leçon d'histoire pour certains élèves déjà répétitifs. Mais peut-être était-ce exactement ce qu'il fallait faire. Les gens qui étaient assis devant Vladimir Poutine maintenant ne savaient peut-être pas tout cela :

 " En 1938, 14 millions de personnes vivaient en Tchécoslovaquie, dont 3,5 millions d'Allemands. Le 13 septembre 1938, une rébellion a éclaté là-bas, et immédiatement il y a eu des propositions de la Grande-Bretagne pour sauver le monde afin de négocier avec Hitler et de l'apaiser réellement. Je ne vous ennuierai pas ici avec diverses correspondances et négociations, mais la situation s'est conclue par la signature bien connue de l'accord à Munich ! "   

 

 

Le président russe a enfin commencé à sortir ses notes magiques de sa manche : 

 "Nous avons, je le répète, sorti quelques documents des archives. Je voudrais vous en présenter quelques-uns. Nous avons ce document-ci : " le cryptage de l'envoyé plénipotentiaire de l'URSS en France au ministre des affaires étrangères de l'URSS Litvinov  du 25 mai 1938, lors d'une conversation confidentielle avec le Premier ministre français Daladier". Je vous lis ce document intéressant. "Le Premier ministre français, Edouard Daladier, a consacré les derniers jours à clarifier la position de la Pologne." Il s'agit de l'accord de Munich, en vertu duquel les Sudètes, qui font partie du territoire tchécoslovaque, auraient dû quitter l'Allemagne. " L'enquête en Pologne a donné le résultat le plus négatif ", - a déclaré le Premier ministre français.  Non seulement il ne faut pas compter sur le soutien polonais, mais il n'est pas certain que la Pologne ne frappera pas par l'arrière. Contrairement aux assurances polonaises, Daladier ne croit pas à la loyauté des Polonais, même en cas d’une attaque allemande directe sur la France. Il a exigé une réponse claire et sans ambiguïté des Polonais avec lesquels ses alliés  en temps de paix comme en temps  de guerre. À cet effet, il a posé un certain nombre de questions directes à l'ambassadeur de Pologne en France, M. Lukasevitch. Il lui a demandé si les Polonais laisseraient entrer les troupes soviétiques sur leur sol. Lukasevich a répondu par la négative. Daladier a ensuite demandé si au moins les avions soviétiques pourraient passer. Lukasevich a dit que les Polonais ouvriraient le feu sur eux. Lorsque Lukasevitch a répondu par la négative à la question de savoir si la Pologne viendrait à la rescousse si la France après l'attaque allemande de la Tchécoslovaquie ...  alors  qu'il y avait un accord d'assistance mutuelle entre la France et la Tchécoslovaquie –et si l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le représentant polonais a répondu par la négative. "Daladier a dit qu'il ne voit aucune raison à l'alliance franco-polonaise et aux sacrifices que la France faisait en son nom. "

Vladimir Poutine s'est rapidement plongé lui-même et a plongé ses collègues dans les détails, et tout cela était étonnant. Nous n'avons jamais vu Vladimir Poutine comme cela : lisant avec enthousiasme à haute voix les cryptages archivés, les commentant et les expliquant en détail ... Il était impossible de se détacher de ce spectacle. 

Il ne s'est même pas battu avec le Parlement européen, mais avec le fascisme mondial et sa vengeance rampante. (souligné par nous)

Et notre conférencier a continué à lire et à lire, offrant de lui une image professionnelle stupéfiante : " Alors de quoi parle-t-on ? Du fait que l'Union soviétique était prête à aider la Tchécoslovaquie, dont l'Allemagne nazie allait s’emparer. Mais l'accord entre l'Union soviétique et la Tchécoslovaquie stipulait que l'Union soviétique ne le ferait que si la France remplissait aussi ses obligations envers la Tchécoslovaquie ! La France a lié son aide à la Tchécoslovaquie au soutien de la Pologne. La Pologne a refusé ! "

 Vladimir Poutine faisait le tri dans les papiers sur la table : -" Ca, c'est le document n° 5 que j'ai ici, dont je viens de parler ... Passons au  sixième "

Il était déjà clair qu'il allait se concentrer sur le rôle de la Pologne. Elle l’intéressait plus que les autres.

 "Qu'ont fait les autorités polonaises lorsque l'Allemagne a commencé à revendiquer une partie du territoire tchécoslovaque ? Elles ont exigé en même temps, comme l'Allemagne, leur part de "butin" lors de la division du territoire tchécoslovaque et ont exigé qu'une certaine partie de la Tchécoslovaquie leur soit également transférée. De plus, elles  étaient prêtes à utiliser la force ! Elles avaient formé tout un groupe militaire spécialisé appelé " Silésie ", qui comprenait trois divisions d'infanterie, une brigade de cavalerie et d'autres unités ! "

Vladimir Poutine s'est de nouveau tourné vers ses papiers, d'ailleurs, il les connaissait bien, car clairement il s’était  préparé, et pas en un quart d'heure : 

" Il y a aussi un document spécifique des archives - du rapport du commandant du groupe opérationnel séparé de Silésie, M. Bortnovsky, sur la préparation de l'offensive, la prise de la région de Cieszyn et la formation des troupes. Les autorités polonaises ont formé et envoyé des militants sur le territoire tchécoslovaque pour effectuer des sabotages et des attaques terroristes, qui préparaient activement  la partition et l'occupation de la Tchécoslovaquie. Le document suivant est l'enregistrement d'une conversation entre l'Ambassadeur d'Allemagne en Pologne, M. Moltke, et le Ministre polonais des affaires étrangères, M. Beck. Dans ce document, le Ministre des affaires étrangères de la Pologne, M. Beck, a exprimé l'espoir ... " Citation supplémentaire : "Dans les régions revendiquées par la Pologne," dit-il directement, "il n'y aura pas de contradictions avec les intérêts allemands." C'est-à-dire qu'il y a une division du territoire tchécoslovaque ! "

Alors que la Pologne célébrait le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, il a informé que "la Pologne, simultanément avec l'Allemagne qui annexait les Sudètes, le 1er octobre 1938, commença à s'emparer directement du territoire tchécoslovaque, rompant ainsi l'accord qu'elle avait elle-même conclu auparavant avec la Tchécoslovaquie". 

Mais l'intérêt de la conférence réside surtout dans les documents exclusifs que de nombreux historiens (ou, plus précisément, tous) rêvent de recevoir. Mais seul Vladimir Poutine a eu cette chance :

"En Pologne, bien sûr, on savait que sans le soutien de Hitler, les tentatives de prise d'une partie du territoire de la Tchécoslovaquie (la partie occidentale de la région de Cieszyn - A. K.) étaient vouées à l'échec. A ce propos, je voudrais vous citer le document très indicatif suivant - un enregistrement de la conversation de l'ambassadeur allemand à Varsovie, M. Moltke, avec Jozef Beck sur les relations polono-tchèques et la position de l'URSS sur cette question, daté du 1er octobre 1938. L'ambassadeur allemand en Pologne, M. Moltke, fait rapport à sa direction à Berlin. M. Beck ... c'est le ministre des Affaires étrangères, je me souviens, la Pologne ... d'ailleurs, a exprimé une grande gratitude pour l'interprétation loyale des intérêts polonais à la Conférence de Munich, ainsi que pour la sincérité des relations pendant le conflit tchèque. ‘Le gouvernement et le public polonais rendent pleinement hommage à la position du Führer et du Chancelier du Reich." C'est-à-dire qu'il parle avec gratitude des actions d'Hitler lors de la conférence à Munich ! Il convient de mentionner que les représentants polonais n'ont pas été invités à la conférence de Munich et leurs intérêts ont été représentés, en fait par Hitler". Le Président de la Russie a ajouté que la Pologne, en fait, a assumé le rôle d'instigateur : "elle entraînait la Hongrie dans la division de la Tchécoslovaquie, c'est-à-dire qu'elle cherchait délibérément à entrainer d'autres États dans la violation du droit international". 

Il s’en prenait maintenant à la Pologne, après quoi elle devrait réagir : par exemple, en rompant  les relations diplomatiques avec la Russie. Ou du moins rappeler  son ambassadeur. (4) Et on avait l'impression que Vladimir Poutine lui-même était prêt pour cela, et peut-être qu'il attendait, et que si la Pologne ne le faisait pas, il le ferait. Telle était l’impression qu’il donnait. "Le prochain, le dixième document ..." le président de la Russie a continué à restaurer impitoyablement la justice historique.    

Ces documents ont continué de couler les uns après les autres, avec eux le président russe a illustré l’histoire de la trahison de la Tchécoslovaquie par l’Europe et les conséquences pour l’Europe elle-même. Il en arriva ainsi à l'accord de Munich et au commentaire de Winston Churchill:

" Alors, qu'a dit Churchill? " Ce qui s'est passé à Munich, c’est  que les soi-disant démocraties occidentales ont  abandonné  leur alliée, que ce fut le début de la guerre! 

Vladimir Poutine s'est exprimé avec soin sur le rôle de Staline dans cette histoire: lui, il faut le comprendre, ne s'est pas mis en avant.

 " L'URSS, laissée seule, a été forcée d'accepter la réalité que les États occidentaux ont créée de leurs propres mains. La division de la Tchécoslovaquie était extrêmement cruelle et cynique, en fait, c'était un vol. On peut affirmer avec raison: c'est le complot de Munich qui a servi de tournant dans l'histoire, après quoi la Seconde Guerre mondiale est devenue inévitable ... "

Il s'agissait cependant de phrases tirées de manuels d'histoire soviétique. Aucun nouveau document n'était requis pour eux. Mais c'était une conférence dans laquelle rien ne pouvait être manqué et dans lequel tout devrait être interconnecté. Et finalement, c'est Vladimir Poutine lui-même qui a été le gardien  des intérêts de l'Union soviétique. Et il faut  entendre comment il l'a fait! Maintenant, presque dans chaque mot, une passion et une expressivité sans retenue se faisaient entendre. Oui, il lisait avec expression et semblait parfois se délecter de ses documents. Ses collègues apparemment un peu abrutis, l'écoutaient. Ils n'étaient pas prêts pour la leçon. Ils n'avaient qu'à espérer qu'on ne leur poserait aucune question, qu'ils ne seraient pas appelés au micro, car cela risquerait de devenir pour eux un moment de honte. Mais ils ont écouté très attentivement. Il leur a semblé qu'un Poutine complètement différent se découvrait maintenant. Peut-être que l'un d'eux s'est imaginé à sa place. Peut-être qu'ils aimeraient ... Mais c'était lui, pas eux.

" Je veux vous présenter un autre document: un enregistrement de la conversation d'Adolf Hitler avec le ministre polonais des Affaires étrangères Jozef Beck le 5 janvier 1939. Je ne donnerai que quelques extraits de ce 13 eme document. Tout est écrit en petits caractères ici. Ceci est une copie du document du 17 mai 1939. Alors, citation numéro un. Le Führer dit en clair: "Il s'est avéré que ce n'était pas si facile de se rendre à Munich avec le consentement des Français et des Britanniques pour inclure dans l'accord les revendications polonaises et hongroises contre la Tchécoslovaquie." Autrement dit, Hitler travaillait alors dans l'intérêt des dirigeants de ces pays. En fait, Hitler a agi en tant qu'avocat des autorités polonaises à Munich ... Hitler déclare que ... suit le discours direct d'Adolf Hitler: "Dans toutes les circonstances, l'Allemagne sera intéressée à maintenir une Pologne nationale forte, indépendamment de la situation en Russie. Qu’elle la Russie soit bolchevik, tsariste ou quelque chose d’autre, l'Allemagne traitera toujours ce pays avec une extrême prudence. La présence d'une solide armée polonaise enlève une charge importante à l'Allemagne. Les divisions que la Pologne est obligée de maintenir à la frontière russe soulagent l'Allemagne de dépenses militaires supplémentaires. «Cela ressemble généralement à une alliance militaire contre l'Union soviétique. » 

Cette référence de Vladimir Poutine à Adolf Hitler a fait forte impression.

Puis, il en est venu au rapport de l'ambassadeur de France à Varsovie, M. Noël, au ministre des Affaires étrangères de la France, M. Bonnet, au sujet des conversations avec des collègues polonais le 31 mai 1938:  "L'ambassadeur de France Léon Noel décrit les discours sans ambiguïté prononcés sans vergogne par les dirigeants polonais de l'époque lors d'une rencontre avec lui: "Si un Allemand reste un adversaire, il est néanmoins un Européen et un homme d'ordre". 

S’éloignant de la citation, Vladimir Poutine a conclu :

« La Pologne allait bientôt découvrir ce qu'est "un Européen et un homme d'ordre"!

Le 1er septembre 1939, tout le monde allait le ressentir » (4)

Notes :

-1-  Le 10 février 2007, le président Poutine avait lors du Forum annuel de Munich sur les politiques de défense fait une longue intervention de style direct et  sans euphémismes diplomatiques. Dans ce discours qui avait beaucoup impressionné un auditoire très relevé, il avait vivement critiqué l’organisation unipolaire du monde en place depuis la fin de la guerre froide, affirmant l’échec de ce modèle, et avait en outre insisté sur l’importance du droit international, des souverainetés nationales et de la nécessité de ne pas retomber dans la course aux armements. Ce discours est resté comme un jalon dans la politique étrangère russe et dans l’évolution des relations internationales.   

Texte français intégral : https://www.mondialisation.ca/discoursde-vladimir-poutine-la-conf-rence-de-munich/12238

-2-  Kommersant est un journal économique russe 

-3-  La CEI a été fondée après la dissolution  de l’URSS prononcée par Gorbatchev le 25.12.1991 Sorte de confédération très souple et qui n’a pas de reconnaissance comme organisation internationale maintient des liens politiques entre 9 des anciennes républiques socialistes soviétiques. Elle faisait suite à un projet formel de fédération des anciennes républiques socialistes soviétiques devenues  toutes souveraines qui fut soumis à référendum le 17Mars 1991. Ce projet de fédération refusé par l’Arménie, la  Géorgie et les républiques baltes  fut largement approuvé ailleurs 77,85 % des votants et taux de participation 80%, mais ne fut jamais mis en œuvre. La CEI est une forme dégradée de cette fédération avortée. Pour autant la plupart des états membres se retrouvent maintenant dans deux organisations internationales qui fonctionnent : l’Organisation du traité de sécurité collective (création 2002 – membres : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan,  Kirghizistan, Russie, Tadjikistan).  et l’Union économique eurasiatique (création 2014 – membres : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizistan, Russie, Serbie  et Tadjikistan )

-4-La Pologne par la voix de son président a effectivement réagi en affirmant que tout dans ce discours de Poutine n’était que mensonge mais sans aucune démonstration.

 

Voir aussi les articles connexes :
http://www.librairie-tropiques.fr/tag/pacte%20germano-sovietique/

 

A une autre occasion le 29.12.2019, rapportée par le site Sputnik,  Poutine est revenu sur la résolution du parlement européen

  Le Président russe a une nouvelle fois vivement critiqué la résolution du Parlement européen sur l'anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale et a rappelé qu’Hitler avait proposé d’expulser tous les juifs en Afrique, ce pour quoi l'ambassadeur de Pologne en Allemagne lui avait promis un monument.

En 1938, Hitler avait proposé d’expulser tous les juifs en Afrique. Une idée ardemment soutenue par l’ambassadeur de Pologne qui a proposé de lui élever un monument.

«Hitler avait annoncé à son ministre des Affaires étrangères, puis à l’ambassadeur de Pologne en Allemagne qu’il avait l’intention de déporter les juifs en Afrique, dans des colonies […]. Ce à quoi l’ambassadeur de Pologne lui a répondu et l’a cité dans un rapport au ministre polonais des Affaires étrangères, monsieur [Jozef, ndlr] Beck: "Quand j’ai entendu ces paroles, je lui ai dit que s’il le fait, nous lui érigerons un magnifique monument à Varsovie". Le sal**d, la crapule antisémite. Je ne peux pas parler en d’autres termes», a lancé Vladimir Poutine.

Prenant la parole ce 24 décembre à une réunion de responsables du ministère de la Défense, il a rappelé dans ce contexte les tentatives pour altérer l’Histoire dans «plusieurs pays parmi nos voisins, ainsi qu’en Europe et outre-Atlantique».

«Certains inventent un scénario incroyable de développements dans le monde et en Europe avant l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale», a-t-il rappelé.

Dans ce contexte, il a constaté que ce processus avait connu «une fin logique» avec l’adoption, par le Parlement européen, de la résolution donnant une évaluation aux événements de la Seconde Guerre mondiale.

«Tout récemment […] le Parlement européen a adopté une résolution qui place presque sur le même plan l’Allemagne hitlérienne et l’Union soviétique, sous-entendant, voire déclarant directement, que c’est l’Union soviétique qui est responsable d’avoir déclenché la Seconde Guerre mondiale. Ce qui est évidemment un pur délire», a noté Vladimir Poutine. 

Tag(s) : #pacte germano-soviétique, #histoire, #union européenne, #1939, #1938, #comaguer, #CEI, #russie

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