Hier, apparemment au sortir d'une nuit "debout" ( puisqu'il était 5h20 du matin ) Alain Frachon, éditorialiste de service au quotidien de révérence de la classe dirigeante française, j'ai nommé le journal "Le Monde", s'est ému d'une "extravagance" dont se serait rendu coupable un de ses modèles culturels   - pour ne pas dire guide - favoris.
Et il est clair que, comme notre éditorialiste du petit matin ( maintenant que Le Monde n'est plus un journal du soir ) l'écrit lui-même : Houellebecq est pour "ces gens là"  ( A.Frachon, ses collègues et ses pairs), d'abord est surtout un "magnifique raconteur de nos médiocrités". Il est non moins douteux qu'en effet l'écriture plate, le narcissisme chafouin et la vilénie étriquée, qui caractérisent l'univers littéraire du Maître, restituent avec réalisme le cadre idéologique et mental des "affects" ordinaires dans lesquels s'ébroue tout ce petit "Monde". Un monde de classe moyenne "éduquée" dont Houellebecq est sinon le nom, du moins le porte parole symbolique le plus couru, recensé, encensé, voire consacré et même dernièrement décoré.

Je m'étonnais donc de ce commentaire de "Une" et plus encore du ton de reproche adopté dans son incipit, jurant avec l'indulgence coutumière de cette gazette pour intellectuels d'influence, à l'encontre de l'extravagant Michel Houellebecq. Mais c'est surtout la lecture des motifs de cette amertume, tels qu'argumentés par A.Frachon qui m'a incité à lui adresser cette réaction de lecteur ( à laquelle il n'a pas encore répondu) :


De : LIB TROPIQUES
Date: jeu. 9 mai 2019 à 15:29
Subject: extravagance
To: Alain Frachon
 
Bonjour Monsieur Frachon
Quitte à extravaguer, encore faut-il le faire avec un minimum d'idées susceptibles de retenir un minimum d'audience ... ce qui ne semble pas être votre cas.
On peut comprendre votre déception au constat qu'un de vos modèles culturels consacrés s'écarte quelque peu de la ligne "jaune", ou plutôt du "cercle de la raison" que vous avez tracé autour de votre coterie, mais comprenez que les platitudes de langue de bois que vous lui opposez n'ont pas même l’excuse de l'extravagance mondaine ( et quelque peu frelatée ) de celui que vous entendez bruler après l'avoir naguère  porté aux nuées "républicaines", avec vos condisciples macronistes au journal de révérence.
 
Bien à vous
Dominique Mazuet
 
-- 

Il est loisible aux fidèles lecteurs d'A.Frachon et de son journal de contester cette "critique de critique" et de la juger partiale ou injuste. Mais je les invite alors à simplement considérer la teneur des propos par lesquels A.Frachon objecte et répond à Houellebecq dans la brève diégèse à laquelle peuvent accéder les internautes impécunieux qui comme moi n'ont donc pas le statut d'abonné (à ces publications d'importance).

On y apprend d'emblée que ce qui "défrise" M.Frachon dans la récente prestation publique de son "magnifique raconteur de nos médiocrités" c'est d'avoir eu le front de sortir de ce rôle pour prétendre "doctement régler son compte à à l’Union européenne (UE)"... "Excusez du peu !" ajoute Frachon pour bien faire sentir son indignation par un sarcasme gourmé, dans le style patrimonial de la maison.

 

Extravagant !

 

Le ton est donné , sur lequel notre Jacques Chabannes improvisé va alors disqualifier l'impudent, en raillant sa vulgarité de rhétorique et de comportement, précisant que : « On n’est pas plus fort à vingt-huit, c’est une connerie de dire ça », a lâché l’auteur de Sérotonine (Flammarion, 352 pages, 22 euros), qui, caché derrière la brume de sa vapoteuse, nous déclarait encore : « C’est con de dire ça. On est moins forts à vingt-huit qui ne s’entendent pas. ». Une vulgarité de forme et de contenu qui inspire aussitôt à notre subtil et perspicace commentateur le genre de "bonne question" dont raffolent ses lecteurs habituels : "La question est de savoir s’il ne faut pas retourner la proposition et se permettre de dire que la pensée houellebecquienne sur l’Europe est extravagante".

Le mot est lâché : extravagant !

Tel qu'il est résumé par son contempteur d'un jour, on peut sans doute juger le propos de Houellebecq assez sommaire et discutable, mais en quoi est-il "extravagant" ?
Eh bien il faut lui reconnaître au moins ceci que, brulant sans doute d'opposer un contre-feux "de bon ton" , notre révérend Frachon s'empresse de nous le préciser :

 

"Car, dans le monde qui s’annonce, les Européens n’existeront qu’ensemble. Sur une scène internationale dominée par la Chine et les Etats-Unis, on n’est pas « mieux seul pour défendre son bout de gras », comme dit l’écrivain : on est écrasé, marginalisé, acculé à négocier en position de faiblesse."

 

Difficile de concentrer plus de lieux communs d'idéologie dominante dans un ramassis de poncifs plus serviles (des intérêts de la bourgeoisie mondialisée) et plus densément éculés... mais, au fait... en quoi consiste donc ce "bout de gras" que Frachon revendique dans son "imitation de Houellebecq" ?  Il nous le confesse aussitôt et sans barguigner. Ce qui m'amène d’ailleurs à corriger mon jugement précédent : bien que ce soit difficile, il est manifestement possible, du moins à des professionnels aguerris des médias, comme A. Frachon, de faire encore pire ( ou mieux ? ) que dans la paragraphe précédent, en matière de poncifs formatés et de lieux communs de classe moyenne "atterrée" par les conséquences de sa propre vacuité, de sa sottise et de son hypocrisie, la preuve :

 

"Réchauffement climatique, inégalités, évolution de la mondialisation vers un modèle plus « régionalisé », secousses technologiques de force 7, migrations, accélération de la course aux armements, autant de sujets sur lesquels l’UE apporte, ou devrait apporter, une irremplaçable « plus-value », pour reprendre une expression de l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine. Si les Européens ont un mode de vie à conserver et même à promouvoir, l’instrument, c’est l’UE – il n’y en a pas d’autre."

 

Au moins c'est clair : "Si les Européens ont un mode de vie à conserver et même à promouvoir, l’instrument, c’est l’UE – il n’y en a pas d’autre".
Bref, hors de l'église libérale point de Salut !
Et circulez, marchandises et capitaux( librement et sans entrave ) ... y'a rien à voir !


 

"les Européens ont un mode de vie à conserver
et même à promouvoir"

 

Après quoi, "l'argument massue" nous est asséné , par le révérend Frachon, qui plus est sous l'autorité de l'appareil d’État, sous les espèces sanctifiées du Père Védrine (mais avec guillemets) : "les Européens ont un mode de vie à conserver et même à promouvoir" . Le "Si" hypothétique n'est que de pure rhétorique car naturellement il serait absurde (sinon extravagant) que d'imaginer que cela puisse n'être pas le cas.
Cela va donc sans dire mais dans les bonnes feuilles comme celles du Monde cela va encore mieux en l'écrivant. Il est d'ailleurs assez instructif d'observer que cet argument qui se veut "décisif" dans le "raisonnement"  ( si on peut dire) de Frachon est une paraphrase assez fidèle de la célèbre maxime de la Voix de son Maître : « Le mode de vie américain n’est pas négociable ». Phrase programmatique prononcée par George "papadoc"* Bush à son arrivée à Rio en juin 1992 lors de la "Conférence des Nations unies sur le développement durable" (CNUDD).

* "nickname" attribué à Bush (père) par Gil Scott Heron dans "B Movie" en référence à ses "voodoo economics" qui d'ailleurs n'avaient pas grand chose à envier à notre actuelle "feuille de route" de la commission européenne.

On comprend donc, à bien lire Frachon, que l'extravagance circonstancielle de Houellebecq ne tient pas à ses propos de comptoir de bistro sur la "connerie" ambiante - qui lui sont coutumiers et qui du reste ont généralement l'approbation "critique" de Frachon et de ses pairs - mais au fait que ces déclarations "d'ambianceur public" portent sur autre chose que le domaine de compétence de "raconteur de médiocrité" pour lequel il a été coopté et où il est supposé se cantonner pour complaire leur audience en "commun". C'est pourquoi, en conclusion, on sent un peu d'amertume dans les encouragements que Frachon prodigue à son confrère et ami, et qu'il formule ainsi :

 

"On aimerait voir Houellebecq, légion d’honneur épinglée sur la chemise col grand ouvert, négocier, au nom de la France seule, glorieusement seule, des normes techniques, sanitaires et tarifaires avec la douce administration Trump ou avec les philanthropes de l’équipe Xi Jinping ! Bonne chance, Michel."

 

Pour notre part nous "aimerions voir" Alain Frachon, smartefaune en main, y mirant sa mèche rebelle et son col ouvert, relayer, dans les colonnes virtuelles de sa gazette subventionnée, autre chose que la voix des sponsors et annonceurs de la classe dirigeante, et nous servir autre chose que le service après-vente du pouvoir en place ou les poncifs frelatés de la mondanité de classe moyenne ! Bonne chance Alain.

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