Itinérance chronique
 

Permanence et contradictions de la droite réactionnaire française : Pétain-Macron-Castelnau

La vieille France ... de droite
ranime ses contradictions (antagonistes)

Notre petit camarade Bruno (Adrie) s'est inquiété ( voir plus loin ) auprès de notre historienne de référence (Annie Lacroix-Riz), des maugréements chafouins que Regis de Castelnau a publiés sur son blog "vu du droit" (et de droite), à propos des dernières perles de rhétorique proférées par Macron, à l'occasion des poses popote aménagées au fil de son itinérance mémorielle - à comprendre comme errance d'un cuistre parmi les pires clichés accumulés sur la première guerre mondiale (et la suite).

Castelnau y convoque son grand-père maréchal putatif (Édouard ), parfumé des effluves du viandox servi tiède aux auditeurs de France-Inter par un des plus insipides et serviles parmi ses chroniqueurs matinaux, pour conclure que grand-papa "méritait plus que tout autre d’être élevé à la dignité de maréchal de France".

Annie n'a évidemment pas failli :

Cher Bruno,

Édouard de Castelnau a joué un rôle majeur dans la mise en place d’un fascisme français de tonalité très pro-allemande, via la création de la Fédération nationale catholique, en 1924, sous la houlette du Vatican que gênait alors considérablement la germanophobie de l’Action française, sachant que cette première ligue (fasciste, et matrice du fascisme français) avait été le vivier idéologique et politique de Castelnau lui-même, comme de toute la grande bourgeoisie et de  l’aristocratie catholiques : vous trouverez tous les détails dans Le Vatican, l’Europe et le Reich (index de Castelnau). Ce que j’ai montré via les sources diplomatiques est antagonique avec la remarque « Entre les deux guerres, chaque fois qu’il appelait à la méfiance et à la vigilance vis-à-vis de l’Allemagne on le traita de Cassandre et de belliciste. Un parlementaire lui lancera même à la face : «  trois fils, mon général ce n’est pas assez ? » (http://www.vududroit.com/2018/11/general-edouard-de-castelnau-anti-petain/). Le très clérical de Castelnau ne fit assurément pas partie du lot des résistants effectifs de l’entre-deux-guerres à l’expansion du Reich et au nazisme, et Régis de Castelnau pèche ici par optimisme.

La Fédération nationale catholique ne changea jamais d’orientation (elle fut un des hérauts de la croisade anti-maçonnique, anti-rouge, anti-« métèques » et antisémite), y compris dans le soutien formel au 6 février 1934 et à ses suites politiques, c’est-à-dire à la formule Pétain-Laval décidée dès l’été 1934 (voir Le choix de la défaite). Je me suis peu intéressée à de Castelnau lui-même dans les années 1930 (voir index Fédération nationale catholique, ibid.). Son vice-président, président de fait (vu l’âge du président), Jean Le Cour Grandmaison, ferme soutien de Vichy et de la collaboration, reçut la francisque 1652 (sans parrains, décision du conseil 20 juillet 42), F7, 15388, fichier alphabétique des titulaires de la francisque, 1940-44 (L-Z).

J’ai trouvé un document intéressant sur l’antipathie de De Castelnau pour Pétain, un rapport du 22 mars 1942 de Rondeau (pseudonyme de « Philippe Roques, un haut fonctionnaire passé par le cabinet de Mandel et mort abattu par la Gestapo » courant 1942, renseignement sur son identité fourni par Jean-Yves Mollier, source de renseignement parfaitement fiable sur la France occupée)  à Diethelm, Londres 1939-1945, vol. 301, Situation et opinions en France, Situation politique et administrative, manifestations syndicalistes, dossier général, juillet 1941-juin 1942, archives Quai d’Orsay

On conviendra que la germanophobie patriotique du vieillard ultra ne se distingue pas franchement du cléricalisme courant qui, de 1940 à 1944, comme de 1914 jusqu’à fort tard avant la « victoire » (comme le montre une récente étude, pourtant fort catholiquement institutionnelle, Boniface (Xavier) et Heuclin (Jean), éds., Diocèses en guerre 1914-1918. L’Église déchirée entre Gott mit uns et le Dieu des armées, Villeneuve d’Ascq, Les Presses universitaires du Septentrion, 2018, dont ma recension sera prochainement publiée dans la Revue belge de philologie et d’histoire), considérait la Défaite comme une expiation opportune pour les Français sans Dieu.

Par ailleurs, je ne connais pas de trace écrite de son opposition de 1940, et il faut noter que, en 1942, le vent franco-allemand tourne franchement (cf. Les élites françaises, 1940-1944, 2e partie). Le même document de Rondeau expose que Pucheu (qu’il est difficile de transformer en germanophobe, malgré sa récente biographie hallucinante, pur plaidoyer d’avocat, profession de son auteur, M. Antonowicz) « aurait convoqué des chefs gaullistes (organisation Combat) pour essayer de négocier une atténuation aux attaques dont il est l’objet contre un relâchement des mesures policières. Les gaullistes auraient d'ailleurs refusé » (allusion aux offres de services que le désormais pro-américain Pucheu fit en février 1942 au très pro-américain et anti-gaulliste, Frenay, ibid., index des deux noms).

Je cite encore :

« Important [souligné dans le texte]. Le général de Castelnau (il a 90 (sic) ans) mais nos adversaires pourraient-ils nous le reprocher?) est très hostile à Vichy et au Maréchal. Il lui reproche d’avoir conclu l’armistice dans de honteuses conditions et d’avoir empêché la continuation de la guerre, de collaborer avec l’ennemi, de mener une politique raciale, contraire aux principes religieux, de pratiquer une dictature qui se retourne contre l’ordre public, d’avoir permis aux populations du Midi, qui ont toujours voté à gauche, et dont les sentiments patriotiques sont assez pâles, d’éviter une occupation allemande qui leur aurait donné une leçon. Bref, il est des nôtres, mais il n’aime pas la dissidence, par principe et ne voudrait pas qu’une geste de lui fût interprété comme suggéré par Londres car il est également anglophobe. Ceci dit, il faut absolument l’utiliser car il est président de la Fédération nationale catholique et vous pouvez l’opposer à Baudrillart. Et puis il est général ».

Anti-Pétain, antigaulliste et toujours anglophobe en 1942, voilà ce qu’on peut honnêtement rapporter; rien n’indique non plus que son rapport à l’URSS, qui portait le poids de la guerre contre le Reich, ait alors été modifié davantage. Bref, qu’est-ce qui définit objectivement un « résistant » à l’occupant?

On a toujours avantage à respecter la chronologie, si maltraitée ces dernières décennies.

Amitiés,

Annie

Et Bruno en a tiré cette gouverne personnelle :

 

Postface familiale

Mon père avait 4 ans et vivait près de Reims quand se déclencha la guerre de 14... il m'en a rapporté seulement qu'il entendit tonner la "grosse Bertha" sur les genoux de sa mère. Ma grand-mère... qui n'en parlait jamais ( de la guerre ), mais elle n'était pas bavarde.

Son époux, mon grand-père paternel, minotier près de Reims, avait sans doute vécu plus activement la "grande guerre", mais il nous quitta alors que j'avais moi-même 4 ans. Donc s'il m'en a parlé je n'en ai aucun souvenir.

Le grand-père maternel, natif de Dunkerque, finissait son service militaire lorsque le conflit le contraint à rempiler pour 4 ans (ça lui fit 8 piges de troufion au total). Il n'en parlait jamais. Mais ma grand-mère prenait beaucoup de plaisir à me commenter les médailles militaires, conservées dans un petit coffret sur un coussin de velours rouge. Chacune pour "un boche embroché à la baïonnette" (7 au total). Ce grand-père était encore Pétainiste à son décès début des années 1970. Il est vrai que pendant la deuxième (guerre mondiale) il avait défendu (une heure) le port de Tamatave dont il était commandant au moment de l'invasion (de Madagascar) par les perfides anglais.
Il détestait De Gaulle, soutenait (en paroles) l'O.A.S. et était aussi profondément anti-gaulliste qu'anti-communiste.
Et ça il en parlait.

Mon père enfin, après avoir entendu l'intervention de De Gaulle à Brazzaville (janvier 1944), traversa l'Afrique (d'Abidjan où il était prospère pharmacien jusqu'à Alger où il endossa l'uniforme des Forces Françaises Libres), pour débarquer à Saint-Raphaël avec l'armée de De Lattre et poursuivre son "itinérance combattante" jusqu'à... Berchtesgaden (le "nid d'aigle" qu'il occupe avec la 2eme DB à la veille de la capitulation allemande).
Il avait aussi ses médailles militaires, mais je ne les ai jamais vues. Pour autant que j'ai pu l'observer, de ces épreuves il conçut une très faible dilection pour les américains et inversement le plus grand respect pour le peuple et les soldats allemands.
Cette guerre, il n'en parlait jamais (j'ai appris tous ses faits de guerre par des tiers, devenus hauts-commis de l’État gaulliste, et auxquels il sauva la vie au combat). Mais il vénérait De Gaulle et il m'en parlait souvent.

Ma conclusion personnelle est que ces guerres, ceux qui y ont vraiment souffert et combattu n'en parlent jamais.
Allez savoir pourquoi ?

Viktor Yugov

Tag(s) : #Bruno Adrie, #Annie Lacroix-Riz, #histoire, #1918, #Macron

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