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En réponse au message qu'il a reçu du "complotiste notoire" : Jean Bricmont ( voir son courriel en annexe), commentant la dernière chronique de notre chef historique du politburo marxiste burloniste, J-P.Garnier a souhaité faire une mise au point. Cette mise au point contradictoire exprime également les raisons pour lesquelles la librairie a organisé le débat de mardi prochain, qui opposera deux "jeunes intellectuels de gauche" sur le thème d'actualité du soutien au Melenchonisme en vogue ... et ses alternatives.

 

Je ne vais pas m’étendre outre mesure, pour pas avoir à me répéter sur ces marxistes ou anarchistes autoproclamés qui s’entichent de Baudruchon.

En ce qui concerne les premiers, c’est là le point d’aboutissement, provisoire ou non, de la disparition du mouvement ouvrier comme force sociale organisée de manière autonome dans une perspective anticapitaliste. Elle laisse en effet —cela ne date pas d’hier — le champ libre aux apparatchiks et aux intellectuels néo-petits bourgeois pour usurper le nom de Marx et falsifier sa pensée au profit du dernier sauveur suprême en date grâce auquel ils espèrent pouvoir poursuivre leur (ir)résistible ascension. Je te renvoie sur ce point à un article d’un dossier de la revue Agone (n° 41-42, 2009) sur le thème «Les intellectuels, la critique et la pouvoir », facile à trouver avec internet : Le rôle de l’intelligentsia au sein des partis politiques marxistes .

Pour ce qui est des anarchistes, les appellations incontrôlées foisonnent aussi, comme j’avais tenté de le montrer et l’expliquer dans plusieurs articles dont l’un publié au même moment dans Le Monde diplomatique (janvier 2009) : « Les anarchistes. Appellations peu contrôlées ». Déjà, on voyait Philippe Corcuff, Michel Enflé, Olivier Besancenot et autres girouettes post-gauchistes revendiquer le titre de « libertaire ». O. Besancenot poussait alors l’audace jusqu’à se réclamer de Louise Michel — comme le fait Baudruchon aujourd’hui — tout en se proclament… «guévariste-libertaire» [sic].

Que les gogos prenant au sérieux ces bouffons et ces imposteurs en viennent à jouer les insoumis d’opérette en servant la soupe électorale à un carriériste politique qui, en la matière, peut effectivement leur en remontrer, n’a donc rien qui doive étonner.

Venons en maintenant au programme de Baudruchon. Tu soulignes à juste titre son incohérence et surtout son caractère irréalisable compte tenu du rapport de forces entre la bourgeoisie et le prolétariat ouvrier et employé, dont une bonne partie est sous l’influence de l’idéologie dominante, individualiste et consumériste à l’échelle tant nationale qu’européenne et mondiale. Il faut être des rêveurs impénitents, comme les dormeurs éveillés des Nuits debout envoûtés par les délires nocturnes du magicien Lord On, pour imaginer que les capitalistes accepteront de se laisser déposséder, même partiellement, sans réagir.

Mais tu sais comme moi, et tu le notes, que Baudruchon, comme Tsipras, et comme Mitterrand, l’un des mentors dont il aime à se réclamer, en plus du ridicule Jospin issu comme lui de la même secte trotskiste, n’ira jamais jusqu’à s’affronter, sinon tout au plus verbalement pour gruger les zozos de la « révolution citoyenne », à la classe possédante. Il finira —si tant est qu’il n’ait pas déjà commencé — par la servir à son tour. Il n’est que de voir, par exemple, la complaisance dont il bénéficie maintenant de la part des médias dominants ou les soutiens que lui promettent, au cas où il serait le challenger de Macron ou Le Pen au deuxième tour, Hamon et autres crapules sociétales-libérales d’un PS en faillite, soucieux de se rattraper aux branches lors des législatives. Car, bien entendu, le « Dégagez-les tous !» démagogiquement proclamé par Baudruchon ne vaudra pas pour eux.

Sur le suffrage universel comme garant de la démocratie, je t’épargnerai ce que la tradition tant marxienne — et non marxiste, son avatar bureaucratique — qu’anarchiste n’ont cessé de répéter sans être démentis par les faits : «si les élections pouvaient changer vraiment l’ordre du monde, ça fait longtemps qu’elles seraient interdites». Aujourd’hui, alors que les groupuscules trotskistes se vautrent dans l’électoralisme et que nombre d’anarchoïdes votent en catimini, un tel propos serait immédiatement relégué dans la catégorie de l’extrémisme gauchiste. Pourtant, le cas du Chili en 1973 était venu en rappeler la pertinence de manière sanglante : une mobilisation de masse en faveur d’un président social-démocrate qui n’avait pas trahi ses promesses de campagne a suffi a effrayer la bourgeoisie locale et ses tuteurs impérialistes pour mettre fin par la force à cette expérience démocratique. Rien à craindre de ce côté là avec la «révolution citoyenne» annoncée par Baudruchon et sa clique. Pas plus qu’avec ses supplétifs du NPA dont le candidat à la présidentielle, non content de lui promettre sans attendre son appui au deuxième tour, en vient à applaudir, comme Tsipras, le bombardement US totalement illégal contre contre la Syrie avec argumentaire directement puisé dans la propagande « occidentale».

«Votez Mélenchon si cela vous chante, mais soyez au moins lucides», conseilles-tu aux Baudruchoniens en guise de conclusion. Permets-moi de t’objecter que la lucidité politique est incompatible avec le vote non seulement aux yeux l’anarchiste que je suis, allergique à la délégation de pouvoir à des professionnels de la représentation, mais plus encore, à fortiori, en faveur d’un «représentant du peuple» particulièrement représentatif de cette caste politicienne «degôche» qui ne cesse de dire une chose et son contraire, à la fois ou successivement, et plus encore, de faire le contraire de ce qu’elle dit.

Jean-Pierre Garnier

 


Le 15 avril 2017 à 17:39, Jean Bricmont  a écrit :

Je suis ahuri de voir tant d’ « amis » qui se disent marxistes et même anarchistes s’enthousiasmer à ce point pour Mélenchon.
Oublions un instant les incohérences de son programme (le plan A ne peut pas marcher-vous imaginez la Pologne accepter que l’on interdise les délocalisations vers elle?
Et le plan B ne veut rien dire: on ne sort pas des traités; on les dénonce à la rigueur mais cela veut dire sortir de l’UE).
Vous n'avez jamais entendu parler de la lutte des classes? Vous pensez que si Mélenchon mettait en oeuvre ce qui dans son programme dérangerait les classes dominantes (qui ne se limitent pas aux capitalistes, mais incluent aussi les médias, le plus gros des intellectuels, toutes les bureaucraties européistes), celles-ci se laisseraient faire?
Elles ont des milliers de façons de réagir: fuite des capitaux, hausse des taux d’intérêt, arrêt des investissements. Plus évidemment campagnes médiatiques, y compris au niveau mondial. Si cela ne suffit pas, il y a des quantités de mécontents qui peuvent être utilisées pour une révolution colorée. Si ces mouvements sont réprimés (comme ce serait le cas dans n’importe quel pays) on fera donner les défenseurs des droits de l’homme y compris au niveau mondial.
Si tout cela ne suffit pas, reste la solution Allende-mais on n’en arrivera pas là, Mélenchon cédera bien avant cela.
On a déjà oublié Tsipras? Pourtant Mélenchon s’en réclamait et en Belgique le PTB était "Syria sur l’Escaut". On a oublié Mitterrand en 83 (et à l’époque la France était aussi un pays « puissant », bien plus qu’aujourd’hui et bien plus indépendant)? On peut même voir Trump: je ne sais pas ce qu’il avait ou a en tête, mais il est certain que ses supporters se sentent trahis et que la campagne médiatique dont il a été l’objet a sans doute joué un rôle dans son revirement (sinon, pourquoi abandonnerait-il sa base?)
S’il y avait quelque chose de vrai dans le marxisme, c’est l’idée de « démocratie bourgeoise », pas au sens (parfois adopté par les communistes) que l’idée de démocratie soit en soi bourgeoise mais que, dans les conditions existantes, ceux qui possèdent les capitaux et contrôlent les médias, ainsi que les bureaucraties étatiques, détiennent un pouvoir immense (et non démocratique) face à la volonté populaire quand celle-ci s’exprime uniquement par le suffrage universel.
Cet effort minimal de lucidité n’est pas un appel à la résignation. Des pressions populaires peuvent induire des changements, mais il faut une mobilisation très forte, qui est absente aujourd’hui (entre autre, parce qu'une des grandes victoires de la politique de l’identité est d’avoir divisé au maximum le peuple français en groupes identitaires antagonistes). Ou bien il faut un contexte international qui déstabilise les classes domaines: la révolution bolchevique en 1917, l’armée rouge dirigée par Staline à Berlin en 1945 ou la défaite américaine au Vietnam en 1975. Ce genre de choses inspire un peu de modestie aux dominants, mais il ne se passe rien de pareil aujourd’hui.
Votez Mélenchon si cela vous chante, mais soyez au moins lucides; s’il est élu, les lendemains déchanteront très vite, et non pas parce que ce sera un nouveau Goulag mais parce que ce sera un nouveau Tsipras (je note que celui-ci en est à soutenir l’attaque US contre la Syrie, ce qu’il n’est pas économiquement obligé de faire, mais le chemin de la trahison ne se termine jamais).
Evidemment, tout ce qui précède vaut aussi pour Marine Le Pen, qui ne pourra rien faire de ce qu’elle propose en ce qui concerne l’UE mais pourra au plus faire chier un peu plus les musulmans et mettre des crèches dans les mairies. Une façon comme une autre de renforcer «  l’identité chrétienne » de la France.


Jean Bricmont 

En transmettant à J-P.Garnier ce courriel de J.Bricmont, nous avons quand même rappelé à ce dernier cette précision susceptible d'utilement l'éclairer :

"le fait de "s'enthousiasmer pour Melenchon" dénote évidemment une parfaite extériorité au marxisme , puisque Melenchon se réclame ouvertement de l'écolo-Mitterandisme "

Car, en bon "complotiste" assumé, J.Bricmont est totalement extérieur au marxisme -comme à l'anarcho-marxisme- et revendique sa parfaite incompréhension de la dialectique hegeliano-marxiste .

Se faire des amis avec jean-Pierre Garnier : Réponse à J.Bricmont
Tag(s) : #jean-pierre garnier, #liberté d'expression, #politique, #communisme, #anarchisme, #burlonisme