Se faire des amis avec J-P.Garnier : sus au complot !

 LE VÉRITABLE INSOUMIS

par Jean-Pierre Garnier

Sitôt connue la nouvelle du parrainage réussi de la candidature de François Asselineau, le complexe politico-médiatico-intellectuel qui enfume la population française depuis des décennies s’est déchaîné. L’hystérie, la hargne et la haine qui l’ont accueillie faisaient, n’hésitons pas à l’avouer, plaisir à voir. C’est à qui parmi les laquais, les caniches ou les bouffons des puissants de l’hexagone trouverait les mots plus susceptibles de discréditer cet empêcheur de voter en rond. Il n'est que de lire, entre autres, ce qu'en dit L'Aberration, la feuille de choux subventionnée par l’État et remise à flots par le millionnaire Patrick Drahi, qui fait d’Asselineau le candidat du « complotisme ». Venant d'un porte-voix d’un milliardaire sioniste cul et chemise avec les barbouzes du Mossad, il y a là de quoi rigoler : est taxée de complotiste toute information politique non publiée par le torchon libéral-libertaire. On peut aussi mentionner la venimeuse attaque matinale contre un « candidat inattendu à la présidentielle », «europhobe» et «obsédé par la mainmise des États-Unis« sur le monde », lancée sur Rance Inter par Patrick Cohen, qui est au journalisme ce que BHL est à la philosophie. Mais, dresser la liste de tous ceux que mécontente l’irruption du leader de l’UPR dans le cirque électoral serait inutile : elle regroupe à peu près toutes les figures de proue ou de poupe du bateau France qu’elles n’ont eu de cesse de conduire au naufrage. Le leader de l’UPR est le « seul véritable « “candidat surprise” » ânonne à regrets un autre employé de P. Drahi. Une très mauvaise surprise, faut-il préciser, comme on le verra plus loin.

Tout avait été pourtant mis en œuvre, et cela depuis la création de l’UPR en 2007, pour que les Français ignorent jusqu’à l’existence de ce mouvement et de son leader. Parmi tous les professionnels censés former l’opinion publique — la formater, en fait —, une véritable omerta avait régné pour que rien ne soit dit, écrit, photographié ou filmé qui puisse lui laisser supposer ou deviner qu’une voix réellement dissidente puisse un jour venir jeter une note discordante dans le concert de discours convenus qui tient habituellement lieu de débat républicain lorsqu’une élection a lieu. Discordance qui vaudra à F. Asselineau d’être accusé de conspirationnisme lorsqu’il rappellera certains faits connus mais qu’il convenait de taire, telle la part prise par les États-Unis dans la naissance de la CEE ou, plus récemment, dans l’essor du terrorisme djihadiste. Accusation des plus farcesques car si conspiration il y eut jamais en ce qui concerne F. Asselineau, ce fut celle du silence dont il fut longtemps la victime.

L’homme que personne n’avait vu venir, comme il se surnomme lui-même, faisant allusion à son arrivée inopinée aux meilleures places à HEC, à l’ENA et dans les cabinets ministériels, a donc causé la stupeur en figurant parmi les présidentiables éventuels sinon possibles au grand déplaisir des canassons essoufflés partis tôt dans la course. Après le black out devenu rapidement intenable avec le retentissement provoqué l’irruption inattendue de F. Asselineau dans un jeu électoral dont les participants et leurs soutiens comptaient bien qu’il en serait exclu, a fait suite le tir de barrage nourri destiné à décrédibiliser sa candidature.

On épargnera au lecteur le tissu de mensonges et de calomnies mêlés à la franche imbécillité auxquels ont eu recours les chiens de garde habituels de l’ordre existant pour diaboliser ou ridiculiser cet intrus dont le programme, pour être succinct, vaut pourtant largement, parce qu’il va à l’essentiel sur le plan stratégique, les innombrables discours aussi creux qu’insipides dont ils avaient abreuvé sans discontinuer l’électorat potentiel des mois durant. Sortir de l’euro, de l’UE, et de l’OTAN ? Vous n’y pensez pas ! Un triptyque sacrilège auquel aucun politicien chevronné, aucun journaliste aux ordres, aucun intellectuel de cour ne peut penser sans frémir ou suffoquer.

Cependant, tous ceux qui se posent en adversaires résolus de l’« oligarchie », qui s’époumonent à dénoncer les « diktats de l’eurocratie » ou qui s’élèvent rituellement contre la prétention des gouvernants étasuniens à s’ériger en gendarmes de la planète n’étaient pas non plus en reste. Ancrage à gauche ou à l’extrême gauche oblige, c’est dans la biographie professionnelle de F. Asselineau qu’ils vont puiser pour démontrer que ce pourfendeur de la monnaie unique, des institutions européennes et de l’Alliance atlantique ne saurait être confondu avec un irréductible ennemi du capitalisme et de l’impérialisme. Effectivement, cet énarque qui a occupé en tant que haut fonctionnaire des postes de responsabilité auprès de Gérard Longuet, Charles Pasqua, Jean Tibéri, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, peut difficilement passer pour un progressiste endurci. Ce qu’il se garde, au demeurant, de faire croire.

Faut-il pour autant le rejeter dans l’infamante catégorie des réactionnaires comme s’y emploient nombre de ses contempteurs que ses références fréquentes à l’histoire de France, facteur aggravant à leurs yeux, ont le don de faire ricaner ? Non sans raison, à première vue : à la différence d’un Baudruchon dont l’insoumission d’opérette se nourrit d’évocations de la Révolution française, de celle de 1848, de la Commune de Paris, du Front populaire ou même de mai 68, c’est plutôt parmi les grands ancêtre de l’histoire la plus patrimoniale, de Hugues Capet à Charles de Gaulle en passant par Saint-Louis et Henri IV que F. Asselineau aime à puiser pour inciter ses compatriotes à « se redresser ».

On se plaira donc à faire remarquer, notamment parmi les commentateurs qui font profession de rebellitude, que ce passé professionnel et ces références historiques contredisent le positionnement politique «ni droite ni gauche» que F. Asselienau revendique. De là à discerner dans son appel gaullien à l’«union de tous les Français par-delà leur appartenance sociale » la résurgence d’un mot d’ordre usé à connotations fascisantes, il n’y a qu’un pas vite franchi, encore que nos démocrates autoproclamés ne répugnent pas de temps à autre à reprendre eux-mêmes ce slogan à leur compte quand cela les arrange, comme on a pu encore le constater lors de la ridicule «marche républicaine» orchestrée en haut lieu au lendemain de la sanglante expédition djihadiste contre Charlie Hebdo.

De son côté, celui du citoyennisme «degôche», la revue Regards nous apprend, comme si les autres médias alignés n’avaient pas déjà répandu la nouvelle, que F. Asselineau compte parmi les « cinq candidatures très, très, très à droite » de la présidentielle, pléthore qui contrasterait avec le «paysage minimaliste » qu’offrirait le « côté gauche de l’échiquier politique »1. En fait de minimalisme, ce serait plutôt, comme le laisse déjà prévoir le triplement balourd qui se veut humoristique de l’adverbe «très» dans le titre de l’article, à l’argumentaire déployé à l’appui de ce classement, qu’il conviendrait d’appliquer ce qualificatif. Car on y chercherait en vain une once de preuve pour démontrer ce que ce titre annonce. On a droit en lieu et place qu’à un digest indigeste de ragots sans consistance maintes fois colportés et d’informations tronquées ou périmées.

D’autres, positionnés encore plus à gauche, n’hésiteront pas à repousser carrément F. Asselineau dans la case «extrême droite». Ainsi les anarchoïdes du site Rebellyon Info mettaient-ils en garde dès 2011 contre la venue de F. Asselineau dans l’ex-capitale de Gaules. « Attention, l’ultra-droite souverainiste débarque à Lyon !», titrait le site2. L’argumentaire était à la hauteur de l’intitulé : inepte. Sous prétexte que l’UPR se réfère à la Résistance française et parle de libération nationale dans son combat contre l’hydre bruxelloise, il lui était reproché de souffrir d’un « anachronisme patent, l’UE n’étant pas, quoiqu’on en dise, le 3e Reich». «Vous l’avez dit, bouffis !», a t-on envie de leur rétorquer. Sous un titre tout en finesse, « UPR : les rouge-bruns s’invitent », un sociologue alsacien se réclamant du communisme libertaire invitait les lecteurs d’Alternative libertaire à « lire entre les lignes » la prose de ce mouvementi3. Poussant plus loin l’audace dans l’interprétation, il en arrivait à la conclusion suivante : « Toutes ces déclarations fleurent bon une conception conspirationiste de l’histoire. Surtout, mises bout à bout, elles résonnent de manière singulière pour qui connaît les thèses qui ont les faveurs d’une certaine extrême droite, selon lesquelles il existerait un vieux complot émanant des milieux financiers juifs, aujourd’hui concentrés aux États-Unis, destiné à dissoudre les nations européennes. Les Protocoles des sages de Sion, célèbre faux fabriqué par la police tsariste au début du XXe siècle, ne disait pas autre chose. » Que penser d’un tel réquisitoire ? Pas grand chose sinon qu’il apporte une preuve de plus que la possession de diplômes universitaires ne prémunit pas contre la stupidité.

Sans revenir sur la définition canonique à défaut d’être scientifique de ce que recouvre le terme «rouge-brun», où le brun de l’extrême-droite nationaliste ferait bon ménage avec le rouge de l'extrême-gauche communiste, on peut s’étonner a priori que cette étiquette soit accolée à un dirigeant politique qui ne cesse de répéter que le courant qu’il a fondé se tient « à l’écart des extrémismes ». Mais il en faudrait plus pour désarçonner les fins dialecticiens rétifs à toute «analyse concrète d’une situation concrète», à qui importe peu que le capitalisme et l’impérialisme réellement existants mettent le Moyen Orient et l’Ukraine à feu et à sang avant de porter la guerre ailleurs, et qui, douillettement installés à l’abri de l’euro, de l’UE et de l’OTAN, traitent de «complotistes» tous ceux qui osent juger qu’il est plus que temps de se libérer enfin de ce triple carcan sans se préoccuper de savoir si cela peut «faire le jeu» de Marine Le Pen, Bachar-al-Assad ou Vladidimir Poutine.

Bien sûr la souveraineté populaire telle que la conçoit F. Asselineau a quelque chose de paradoxal. Ne fait-elle pas reposer son respect sur la seule volonté d’un «bon président» de la République dont les 15 critères qui le définiraient comme tel ne correspondent pas exactement à ce que l’on attend de quelqu’un qui se propose d’instaurer une république populaire. À la différence d’un Baudruchon qui ne cesse de répéter, avec un sens de la démagogie éprouvé par plus de trois décennies de grenouillage dans les arcanes politiciennes, qu’en votant pour lui c’est pour eux que les «insoumis» voteraient, F. Asselineau, non seulement ne cache pas mais encore proclame haut et fort que seul un individu ayant son « expérience » et sa « carrure » serait à même de sortir la France du bourbier mondialisé, c’est-à-dire «transnationalisé» où elle est enlisée.

Cependant, la question que devraient finalement se poser dans l’immédiat tous ceux qui se réclament de l’émancipation collective n’est pas là. Elle est de savoir si la réalisation de cet idéal dont le come back dans leurs discours pourrait paraître surprenant vu l’abandon de toute perspective révolutionnaire de leur part, est compatible avec le maintien de la France, pour s’en tenir à notre pays, dans l’euro, l’Union européenne et de l’OTAN. Répondre par l’affirmative est, disons-le sans crainte, une absurdité puisque, ainsi que l’a montré l’interminable succession d’«alternances» politiciennes sans alternative politique, ces institutions ont précisément été conçues pour verrouiller toute tentative d’échapper à la sujétion capitaliste.

Certes, F. Asselineau n’évoque à un aucun moment la possibilité ni même l’éventualité d’un débouché socialiste à cette triple sortie. Son « ni droite ni gauche » de même que sa référence répétée à la diversité des sensibilités politiques des adhérents ou des sympathisants de ce parti, qui vont du nationalisme républicain le plus traditionnel à l’étatisme anticapitaliste le plus affirmé, laisse la porte ouverte à toutes les issues politiques si l’on excepte l’anarchisme, encore que des débordements dans ce sens ne soient pas non plus à exclure. Celle qui prévaudra ne pourra être que la résultante des contradictions, des conflits et des luttes tant internes qu’extérieures que ne manqueront pas d’engendrer en tout cas la situation inédite ainsi créée. Mais au moins le gros travail aura été fait pour extraire le pays de ce qui empêche la majorité de ses citoyens de décider de leur sort, c’est-à-dire de se redéfinir comme peuple, au lieu de demeurer des sujets.

En attendant, les mesures gouvernementales énoncées par F. Asselineau au cas où, par miracle, il disposerait d’une majorité, pour les faire voter, devraient faire réfléchir les petits malins qui en ont visiblement perdu l’habitude. Restauration des services publics dans leur plénitude, renationalisation des réseaux indispensables à la vie quotidienne et interdiction de nouvelles privatisations, rampantes ou non, des services publics, renforcement droit du travail au profit des travailleurs et annulation des réformes qui l’ont affaibli, rétablissement du contrôle des mouvements de capitaux, éviction des féodalités financières qui orientent la politique économique, et, sur le plan international, fin de la Françafrique et politique étrangère de non alignement. On a quand même vu des programmes plus à droite ! 


Jean-Pierre Garnier

1 Regards, 10 mars 2017

2Rebellyon Info, 8 mars 2017

3 Alain Bihr, Alternative libertaire, 16 février 2015.

 

Tag(s) : #jean-pierre garnier, #complotisme, #François Asselineau, #politique, #social, #histoire, #chronique

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